Par Randy Louba

Aucun trimestre ne passe sans qu’un réseau clandestin ne tombe. Les autorités gabonaises multiplient les saisies et les arrestations. Mais les filières continuent de proliférer. Contrefaçon alimentaire, orpaillage sauvage, pêche pirate, narcotrafic : la liste s’allonge et inquiète.
Le 22 juillet 2026, l’affaire a fait grand bruit. Les forces de l’ordre démantèlent une unité clandestine de reconditionnement d’huile alimentaire à Libreville. Des faussaires reconditionnent des bidons sous la marque Cuisin’Or, propriété d’Olam Palm Gabon. L’entreprise dément toute implication et porte plainte. Elle exige la vérité sur ce trafic qui expose les consommateurs à de sérieux risques sanitaires.
Cuisin’Or : Olam Palm Gabon porte plainte après la découverte d’un présumé réseau de contrefaçon
Ce n’est pas un cas isolé. En juin 2026, la DGCCRF incinère 11 tonnes de lait infantile frelaté saisies chez des commerçants indélicats. Ces produits menaçaient directement la santé des nourrissons. Ces filières prospèrent pendant que le panier de la ménagère se vide chaque mois. La flambée des prix fragilise déjà des milliers de foyers gabonais. Ces réseaux aggravent une situation déjà critique.
L’or gabonais, une proie convoitée par les réseaux transnationaux
Les ressources minières attirent aussi les mains noires. Le 23 juin 2026, le ministère des Mines suspend toutes les activités de petite mine sur l’ensemble du territoire. Cette décision fait suite à une opération conjointe menée avec l’armée dans la province de la Ngounié. Les forces de sécurité y démantèlent un vaste réseau d’exploitation illégale.
Or pillé au Gabon : une opération démantèle un réseau sino-africain et gèle l’orpaillage national
Quelques jours plus tôt, l’opération « Ekura » frappe fort. Entre le 15 et le 19 juin, une mission armée et civile investit le site aurifère de Punga. Elle met fin à une exploitation clandestine d’envergure quasi industrielle, pilotée par un réseau sino-africain. Le bilan grimpe à 55 arrestations et une saisie logistique impressionnante.
D’autres opérations se succèdent depuis janvier 2026, à Mindoumou dans le Haut-Ogooué, puis dans l’Ogooué-Ivindo où 16 orpailleurs clandestins tombent sous les filets de l’ANPN. Un même schéma se répète : des étrangers, souvent entrés irrégulièrement sur le territoire, exploitent l’or gabonais sans la moindre autorisation.
Pêche illégale : les eaux gabonaises sous surveillance
Le littoral gabonais n’échappe pas non plus aux prédateurs. Le 18 juillet 2026, la marine nationale arraisonne trois chalutiers battant pavillon congolais au large de Mayumba, dans la province de la Nyanga. L’opération se déroule dans la Réserve aquatique du Grand Sud, une aire marine pourtant protégée.
Cette intervention s’inscrit dans la deuxième patrouille de l’opération Albacore 2026. Une équipe conjointe embarque à bord du navire Age of Union, affrété par Sea Shepherd Global. Elle surprend cinq chalutiers en pleine pêche illicite. Les autorités saisissent vingt tonnes de produits halieutiques. Le dossier passe désormais entre les mains du ministère de la Mer et de la Pêche.
Le narcotrafic gagne du terrain
La drogue circule aussi à grande échelle. Le 10 mai 2026, la justice gabonaise incinère un stock de stupéfiants estimé à près de 5 milliards de francs CFA. Neuf jours plus tôt, la DGSS intercepte à Libreville un véhicule chargé de cannabis, de skunk, de cocaïne et de crack, pour une valeur de 57 millions de francs CFA.
SODUCO : Saisie d’une importante quantité de drogue d’un genre nouveau
Un autre réseau, piloté depuis le Ghana par un Gabonais en exil surnommé « Socrate », alimentait plusieurs villes du pays, dont Port-Gentil, Franceville et Bitam. Cette organisation touchait même le showbiz local. Elle illustre la sophistication grandissante de ces filières.
Ces multiples scandales révèlent un constat implacable : les mafias structurent leurs réseaux à l’échelle transnationale. Elles visent le profit immédiat, quitte à sacrifier la santé, l’environnement et la sécurité des Gabonais.
Les autorités réagissent au coup par coup. Chaque opération démantèle un maillon, mais la chaîne se reconstitue ailleurs. Le pays a besoin d’une cellule de veille permanente. Il doit aussi renforcer ses effectifs dans la sécurité alimentaire et les forces de l’ordre. Une surveillance accrue des frontières aériennes, terrestres et maritimes devient une urgence nationale.
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