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[Gabon – Justice] SOS Prisonniers déplore la situation des détenus déportés à Makokou, toujours sans suite

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Interpellée par les familles des détenus transférés à la Prison centrale de Makokou (Ogooué-Ivindo), l’organisation non gouvernementale SOS Prisonniers Gabon, dirigée par Lionel Engonga, tire une nouvelle fois la sonnette d’alarme. Dans une publication diffusée sur son compte Facebook le 3 juillet dernier, l’ONG invite les instances judiciaires à se pencher enfin sur le sort de ces détenus, plus de dix-huit mois après leur incarcération, sans qu’aucune suite favorable ne soit intervenue.

Placés sous mandat de dépôt le 6 décembre 2024 pour des faits présumés de trafic de stupéfiants, ces prévenus avaient été déplacés de Libreville vers Makokou, où ils demeurent toujours en détention préventive. Depuis plus d’un an, SOS Prisonniers Gabon accompagne le collectif de leurs familles, mobilisées pour faire valoir leurs droits. Dans son communiqué, l’organisation dresse un constat alarmant : « Aujourd’hui, trente détenus vivent dans l’angoisse. Éloignés de leurs familles, privés de visites régulières et confrontés à une procédure qui peine à progresser, ils demeurent dans une profonde incertitude quant à leur sort. »

Une prolongation de détention qui interroge

L’ONG rappelle que le Code de procédure pénale n’autorise le maintien en détention préventive au-delà de dix-huit mois qu’à des conditions strictement encadrées. Comme le précise le communiqué, citant l’article 134, alinéa 8 : « Si le juge d’instruction estime devoir maintenir l’inculpé en détention préventive au-delà de dix-huit mois, le dossier est communiqué à la Chambre d’accusation qui se prononce par un arrêt motivé rendu après réquisitions du Procureur général sur une dernière prolongation qui ne peut excéder six mois. »

Une prolongation qui, pour produire ses effets, doit impérativement être notifiée à l’inculpé ou à son avocat, faute de quoi celui-ci devrait être remis en liberté d’office. Or, selon l’organisation, cette notification demeure introuvable : « Selon les avocats des détenus, aucune notification ne leur a été faite. Ils ignorent également si leurs clients ont personnellement reçu une telle décision. »

Une instruction au point mort

SOS Prisonniers Gabon pointe également la lenteur suspecte de l’instruction, confiée à un juge basé à Libreville qui ne se serait rendu qu’une seule fois à Makokou. L’ONG s’interroge ouvertement : « Si tous les actes utiles à la manifestation de la vérité ont été réalisés, qu’est-ce qui justifie la poursuite de l’information judiciaire ? » Une question à laquelle s’ajoute celle des moyens alloués à la justice : le magistrat instructeur dispose-t-il seulement des ressources matérielles et budgétaires pour se déplacer régulièrement jusqu’à Makokou ?

Pour l’organisation, cette affaire illustre des atteintes graves à plusieurs garanties fondamentales : le droit à un procès équitable, les droits de la défense, le droit d’être jugé dans un délai raisonnable, la présomption d’innocence, ainsi que le droit au maintien des liens familiaux. Elle insiste : « Une privation de liberté ne saurait être prolongée en raison des insuffisances administratives ou budgétaires de l’État. »

SOS Prisonniers Gabon annonce poursuivre son accompagnement du collectif des familles, à travers ses actions de plaidoyer, afin que toute la lumière soit faite sur ce dossier et que les droits des personnes concernées soient pleinement respectés.

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