
Libreville, le 29 juin 2025 — Ils étaient attendus de pied ferme. Enfin, les représentants du peuple ont daigné fouler le terrain. Les élus du premier arrondissement de Libreville se sont rendus lundi dernier à Okala pour une rencontre avec les riverains et propriétaires directement concernés par le projet d’élargissement de la voie de contournement — un chantier qui déchaîne les passions et cristallise les tensions dans le nord de la capitale gabonaise.
La délégation dépêchée sur place avait fière allure. Elle réunissait Chantal Myboto, députée du premier arrondissement de Libreville, la sénatrice Taty Jeannine Koumba, figure respectée de l’hémicycle, ainsi que Stéphane Igueza, maire du premier arrondissement — et, fait non négligeable, fils du quartier d’Okala. Un signe fort envoyé aux populations : leurs élus connaissent leur réalité de l’intérieur.
Le cadre voulu « convivial » n’a pas pour autant dissimulé la gravité des enjeux. La réunion, organisée dans un esprit de dialogue franc, a permis à chaque partie de livrer sa part de vérité, sans fard ni esquive.

La sénatrice Koumba : « Que cela se passe dans les règles »
Prenant la parole avec solennité, la sénatrice Taty Jeannine Koumba a d’emblée fixé le cap : écouter, avant tout. Elle a solennellement promis de porter la voix des populations auprès des autorités compétentes afin que le projet d’élargissement « se déroule dans les règles ». Après examen des propositions formulées par le Collectif des riverains, elle s’est engagée, de concert avec ses collègues élus, à défendre les pistes avancées par les administrés. « Je prends acte », a-t-elle conclu, une formule sobre mais chargée d’engagement.
Chantal Myboto tire à boulets rouges sur certains de ses pairs

La députée Chantal Myboto, elle, n’a pas mâché ses mots. Elle a vertement déploré le comportement de certains élus locaux qui auraient, dans son dos, approché le président de la République pour plaider en faveur de la prolongation de l’élargissement de l’axe Okala-Delta — court-circuitant ainsi toute concertation préalable. Une manœuvre qu’elle juge déloyale et contraire à l’esprit de représentation du peuple.
Sur le plan pratique, la députée a exhorté les riverains à constituer sans tarder leurs dossiers administratifs : titres fonciers, procès-verbaux de bornage et tout document susceptible d’attester d’une démarche engagée auprès de l’ANUTTC. Elle a par ailleurs promis de diligenter une contre-expertise indépendante pour l’évaluation des biens menacés — une garantie réclamée de longue date par les populations. Elle a également invité le Collectif à mobiliser les ressources nécessaires pour mener à bien cette procédure.
Le marquage du 28 mai : un traumatisme qui ne passe pas

Au cœur des doléances exprimées par les habitants d’Okala : le marquage contesté du 28 mai dernier. Réalisé à la va-vite, sans concertation ni information préalable des populations ni même des élus eux-mêmes, ce balisage a semé le trouble et provoqué un préjudice moral considérable. Les représentants ont reconnu, avec une franchise désarmante, n’avoir pas été informés du projet avant le jour J — une lacune institutionnelle qui en dit long sur les dysfonctionnements de la chaîne de décision.
« Nous ne sommes pas contre le développement, mais… »
Il convient de le souligner avec force : les populations d’Okala ne s’opposent pas au projet en lui-même. Bien au contraire, elles y voient une opportunité de modernisation. Mais elles refusent d’en être les grands perdants silencieux.
Leur revendication est limpide : être prises en compte, dans un État de droit, selon des procédures transparentes et respectueuses. Car au Gabon, comme ils l’ont rappelé avec une lucidité amère, rares sont ceux qui détiennent un titre foncier — ce précieux sésame dont l’obtention nécessite parfois des années de démarches laborieuses. Et même lorsqu’on le possède, rien ne garantit la sécurité de son bien face aux projets d’utilité publique.
« Le Gabon est un village », ont-ils rappelé. Une métaphore qui en dit long : dans ce pays, tout le monde se connaît, et l’injustice faite à l’un blesse la communauté tout entière.
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