Home International [RDC] Projet de révision constitutionnelle : Félix Tshisekedi et les choses de la honte
InternationalSociété

[RDC] Projet de révision constitutionnelle : Félix Tshisekedi et les choses de la honte

Share
Share

À Kinshasa, la fièvre politique atteint son paroxysme. Vendredi 12 juin, un rassemblement de l’opposition contre le projet de révision constitutionnelle a dégénéré en affrontements d’une rare intensité, laissant plusieurs blessés sur le pavé, parmi lesquels l’opposant historique Martin Fayulu. Une flambée de violence qui traduit, avec éclat, l’exaspération grandissante d’une partie de la classe politique congolaise face à ce qu’elle perçoit comme une manœuvre destinée à prolonger indéfiniment le bail présidentiel.

Tout avait pourtant été notifié dans les règles. Cinq formations majeures de l’opposition, réunies au sein de la coalition « C64 » (Coalition Article 64), avaient appelé à un sit-in devant le Palais du Peuple, siège du Parlement, pour dénoncer le projet de réforme de la loi fondamentale. Las, les autorités provinciales avaient interdit la veille tout accès aux abords de l’enceinte parlementaire, déployant un impressionnant cordon sécuritaire.

Malgré cette interdiction, des milliers de sympathisants — plus de vingt mille selon les organisateurs — ont convergé vers le boulevard Triomphal. La tension est rapidement montée d’un cran : gaz lacrymogènes, lances à eau, jets de pierres et tirs de sommation ont transformé le cortège en scène de chaos. Le siège de l’ECiDé, parti de Martin Fayulu, a même été pris pour cible, contraignant plusieurs manifestants à s’y réfugier.

Le bilan humain reste contesté. L’opposition évoque de nombreux blessés, ainsi que des décès non confirmés par une source indépendante. Outre Martin Fayulu, touché au visage, d’autres figures de poids — Delly Sesanga, Jean-Marc Kabund et Ados Ndombasi — auraient également été atteints. Du côté du pouvoir, le ton a d’abord été à la fermeté, une responsable gouvernementale allant jusqu’à évoquer une mise en scène orchestrée par l’opposition. Un communiqué officiel, publié dans la foulée, a néanmoins fini par reconnaître l’existence de blessés tant parmi les manifestants que dans les rangs des forces de l’ordre, tout en condamnant les incidents.

Martin Fayulu touché quelques instants après les émeutes

La loi référendaire, cheval de Troie d’un troisième mandat ?

Au cœur de la discorde : une proposition de loi fixant les modalités d’organisation d’un référendum, adoptée le 9 juin par l’Assemblée nationale à une écrasante majorité, avant de filer vers le Sénat. En apparence anodin, ce texte est perçu par ses détracteurs comme la pièce maîtresse d’une stratégie soigneusement échafaudée pour contourner l’article 220 de la Constitution, lequel verrouille pourtant explicitement le nombre et la durée des mandats présidentiels.

L’enjeu est limpide : ouvrir la voie à une consultation populaire qui permettrait, in fine, à Félix Tshisekedi — actuellement à mi-parcours de son second quinquennat, censé s’achever en 2028 — de se présenter pour un troisième tour de piste. Pour contrer cette manœuvre, l’opposition a ressuscité l’article 64 de la Constitution, qui fait du « refus de toute prise de pouvoir en violation de la loi fondamentale » un devoir citoyen imprescriptible. De ce texte est né le nom même de la coalition, érigé en étendard d’une résistance qui se veut populaire avant d’être partisane.

Ce bras de fer s’inscrit dans un contexte déjà explosif : conflits armés persistants dans l’Est du pays, présence de groupes armés étrangers, situation humanitaire fragile. Autant de braises sur lesquelles cette nouvelle crise institutionnelle pourrait souffler.

La tentation du « mandat à vie » et le mirage de la « démocratie à l’africaine »

Le cas congolais n’est, hélas, ni isolé ni inédit. Depuis plusieurs décennies, le continent africain voit se multiplier ces opérations de toilettage constitutionnel taillées sur mesure pour des chefs d’État soucieux de s’éterniser au pouvoir. Suppression de la limitation des mandats, réécriture des seuils d’âge, réorganisation référendaire opportune : la boîte à outils est connue, rodée, et systématiquement présentée comme l’expression d’une « démocratie à l’africaine », un concept aussi flou que commode pour habiller d’oripeaux républicains des ambitions résolument personnelles.

Or, cette quête frénétique de perpétuation pose une question de fond, presque vertigineuse dans sa simplicité : si l’objectif inavoué est d’assurer une présence durable, voire dynastique, à la tête de l’État, pourquoi s’obstiner à maquiller cette aspiration sous les habits d’une démocratie républicaine sans cesse retouchée ? Des nations aussi diverses que le Maroc ou l’Espagne ont fait le choix, chacune selon son histoire, d’un régime monarchique encadré, où la continuité institutionnelle ne nécessite ni référendum sur mesure, ni bras de fer constitutionnel tous les cinq ans. Plutôt que de réinventer la roue à chaque fin de mandat, certains dirigeants africains ne gagneraient-ils pas en cohérence — et en honnêteté politique — à assumer franchement une telle option, au lieu de la travestir en exercice démocratique ?

Les défenseurs de ces réformes rétorquent, eux, que la souveraineté d’un peuple à modifier sa propre Constitution par voie référendaire constitue un droit fondamental, et que chaque trajectoire nationale doit s’apprécier dans son contexte propre, loin des leçons venues de l’extérieur. Le débat, en RDC comme ailleurs, est donc loin d’être tranché. Mais une chose est sûre : tant que les urnes seront perçues comme un simple outil de validation du pouvoir en place plutôt que comme un véritable arbitre, la « démocratie à l’africaine » continuera de ressembler, aux yeux de beaucoup, à une parenthèse permanente.

Share

Leave a comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Related Articles

[Gabon/Économie] PosteBank : le calendrier de remboursement des épargnants officiellement dévoilé

Ce lundi 15 juin 2026, sur le plateau de Gabon Première, le...

[Gabon] Emploi des jeunes : Oligui Nguema défend les résultats de la Transition

Face aux parlementaires réunis en Congrès ce lundi 15 juin au Palais...

[Gabon] Poste Bank : Oligui Nguema annonce le début de paiement des épargnants

Après plusieurs années d'une attente éprouvante, les anciens épargnants de PosteBank entrouvrent...

Copyright 2026 - La Mediane