
Fridolin Nvé Messa, ancien leader du Syndicat National de l’Éducation Nationale (SENA) n’est pas un novice du monde syndical. Il en connaît les arcanes, les règles, les exigences. Et c’est précisément pour cela que sa prise de parole, publiée ce 4 mai 2026 sur son compte Facebook, résonne comme un coup de tonnerre. Sans détour, il qualifie le scrutin dans le milieu éducatif de « fiasco et véritable échec ». Une formule lapidaire qui résumerait, à elle seule, l’ampleur du désastre organisationnel qui aurait entaché la journée du 28 avril dernier au ministère de l’Éducation nationale.
Les chiffres avancés par Fridolin Nvé Messa — s’ils se confirment — seraient proprement accablants.Sur une population électorale de plus de 26 000 agents, seuls 16 000 auraient été enregistrés dans des bureaux de vote. Et parmi eux, à peine 12 000 auraient effectivement voté. Ce qui signifie que 14 000 agents — soit la majorité — n’auraient pas pu exercer leur droit de vote.Plus grave encore : plus d’une centaine de centres de vote n’auraient pas été opérationnels le jour J. Dans certaines localités, à l’image de Bitam, le vote n’aurait débuté qu’à 13 heures, pour se prolonger au-delà de 20h30 — des horaires qui interrogent sur la fluidité et l’équité du processus.
À cela s’ajoutent des dysfonctionnements logistiques élémentaires : absence de matériel, manque de bulletins de vote pour certains candidats. Des manquements qui, dans tout processus électoral digne de ce nom, suffiraient à eux seuls à entacher la validité du scrutin.
Une cascade de griefs qui ne s’arrête plus
Ce ne serait pas un cas isolé, ni une réaction épidermique d’un syndicat mécontent de ses résultats. Ce qui se dessine ressemble davantage à une contestation structurelle et transversale qui traverserait l’ensemble du paysage syndical gabonais. Le Syndicat des Professionnels de la Sécurité Sociale (SYPROSS), conduit par Richard Ndi Bekoung, aurait été l’un des premiers à monter au créneau.
Dans sa foulée, la Dynamique Unitaire, par la voix de son président intérimaire Roger Ondo Abessolo, aurait emboîté le pas. Le Syndicat National du Progrès de la Santé (SYNAPSA), sous la houlette de son secrétaire général Gustave Igassela, a, lui aussi, dénoncé les conditions d’organisation du scrutin. .Et désormais, c’est une voix plus aguerrie encore qui entre dans la mêlée.
Fridolin Nvé Messa irait plus loin que le simple constat logistique. Pour lui, c’est la crédibilité même des représentants syndicaux issus de ce vote qui se trouverait compromise. Comment légitimer des élus dont le mandat reposerait sur un scrutin aussi chaotique, aussi incomplet ?
« Toute chose qui remet en cause la crédibilité du vote et celle des représentants syndicaux par ricochet », écrit-il, avant d’asséner sa conclusion : « Ce scrutin devrait être repris pour la renommée des parties prenantes. ». Une exigence de reprise du vote qui rejoindrait celle de plusieurs autres organisations syndicales — et qui placerait désormais les autorités compétentes face à leurs responsabilités.
Peut-on bâtir un dialogue social solide sur des élections dont la légitimité est contestée par ceux-là mêmes qui sont censés en être les acteurs ?La réponse appartient désormais à ceux qui ont organisé ce scrutin.
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