
Libreville, le 3 avril 2026 — La rue s’est tue, mais la colère, elle, gronde toujours. Ce vendredi, la Coalition pour le Salut du Football Gabonais (CSFG) avait convoqué une mobilisation générale dans les artères de Libreville, présentée comme un tournant décisif pour l’avenir du ballon rond national. La marche n’aura pas eu lieu. Les Forces de Police Nationale (FPN) ont verrouillé l’espace public, faute d’autorisation délivrée. Au coeur du problème : la énième candidature du Président sortant de la fédération de football gabonaise (Fegafoot) Pierre Alain Mouguengui.
La démarche des organisateurs était pourtant conforme aux usages : une demande d’autorisation déposée, un accusé de réception obtenu, mais jamais de réponse ferme. Dans ce silence administratif assourdissant, les autorités ont, de fait, torpillé le cortège avant même qu’il ne s’élance depuis le mythique immeuble des 9 étages.N’en démordant pas, les ténors de la coalition ont alors marché autrement — droit vers le ministère des Sports. Ils y ont été reçus, non pas par le ministre Paul-Ulrich Kessany, signalé empêché, mais dans la cour de l’institution par son Secrétaire général et quelques membres de son cabinet. Une réception dans la cour, symbolique à souhait : le message a néanmoins été livré, mot pour mot, sans concession ni fioriture.
PAM, l’homme des mandats éternels?
Au cœur du brasier institutionnel : Pierre-Alain Mounguengui, dit PAM, président sortant de la Fédération Gabonaise de Football. À la tête de la Fegafoot depuis douze ans, il brigue un quatrième mandat — une longévité qui, pour la coalition, dépasse l’indécence et frôle la confiscation.
Car les textes sont formels, martèlent les membres de la CSFG : trois mandats, pas un de plus. Mais PAM et ses affidés auraient trouvé la parade : une manipulation habile des statuts, au terme de laquelle les mandats antérieurs ne compteraient plus. Une pirouette juridique que la coalition qualifie de forfaiture, et qui permet au président sortant de se retrouver seul candidat officiellement retenu par la commission électorale pour le congrès électif du 18 avril prochain.
Un football malade, une gestion chaotique
La CSFG ne s’en tient pas à la question des mandats. C’est l’ensemble de la gouvernance fédérale qu’elle traîne dans le prétoire de l’opinion publique. Le football gabonais traverse une période délicate : résultats sportifs en berne, organisation interne critiquée, difficultés structurelles persistantes. L’élimination précoce de l’équipe nationale à la CAN 2025 a agi comme un révélateur brutal des limites actuelles du système.
Pour la coalition, l’équation est limpide : laisser PAM s’offrir un mandat de plus, c’est condamner le football gabonais à végéter dans ses propres turpitudes. Elle exige que l’élection du 18 avril ne se tienne pas — et prévient qu’elle mettra tout en œuvre pour y faire obstacle. Une déclaration de guerre assumée, qui sonne comme un ultimatum.
Le compte à rebours
À deux semaines d’un scrutin qui cristallise toutes les tensions, la pression monte d’un cran à Libreville. D’un côté, un président sortant retranché derrière une légalité contestée. De l’autre, une coalition déterminée à faire de cette élection une ligne rouge. Entre les deux, un ministre des Sports sommé de trancher — et un football gabonais qui, lui, attend depuis trop longtemps d’être enfin soigné.
Source: Betinesse Makosso, Gabon Actu
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