
Ce lundi 30 mars 2026, le procès en appel s’est ouvert devant la Cour de Rabat pour être aussitôt renvoyé au 13 avril 2026, à la demande de la partie civile. Un nouveau report qui prolonge l’agonie de familles déjà éprouvées par deux mois et demi de séparation et d’incertitude.
Tout commence dans la nuit du 18 janvier 2026. Le Sénégal vient de terrasser le Maroc 1-0 en finale de la CAN 2025, au Stade Prince Moulay Abdellah de Rabat. La liesse des Lions tourne au chaos : des incidents éclatent dans les tribunes et aux abords de la pelouse — jets de projectiles, tentatives d’invasion du terrain, altercations avec les forces de l’ordre. Dans la foulée, 18 supporters sénégalais sont interpellés et placés en détention par les autorités marocaines. Depuis ce soir de janvier, ils n’ont pas revu leur pays.
Le 19 février 2026, le Tribunal de première instance de Rabat rend son verdict : neuf d’entre eux sont condamnés à un an de prison ferme, six à six mois, et les trois derniers à trois mois, le tout assorti d’amendes. Les chefs d’inculpation ? Hooliganisme— un vocable fourre-tout englobant violences contre les forces de l’ordre, dégradation d’équipements sportifs et jet de projectiles. Des faits que les intéressés contestent avec véhémence.
La défense, conduite par Maître Patrick Kabou, croyait alors le dossier définitivement clos. C’était sans compter sur un retournement de situation stupéfiant : le Parquet marocain et la partie civile ont interjeté appel — alors même que le délai légal de dix jours était, selon les calculs de la défense, expiré depuis le 5 mars. Une procédure qualifiée de « très confuse » par l’avocat, qui dénonce une irrégularité manifeste. La crainte est désormais réelle : la Cour d’appel disposant d’un pouvoir de réformation total, les peines pourraient être alourdies.
Sur le front diplomatique, Dakar ne reste pas les bras croisés. Le président Bassirou Diomaye Faye a officiellement sollicité la grâce royale auprès du roi Mohammed VI, tandis que le Premier ministre Ousmane Sonko a abordé la question avec son homologue marocain Aziz Akhannouch lors de sa visite à Rabat en janvier. Le Secrétaire d’État chargé des Sénégalais de l’Extérieur, Amadou Chérif Diouf, était lui-même présent à l’audience de ce lundi, affirmant avec gravité : « Nous prions et agissons pour leur libération. »
Le 13 avril s’annonce comme une date charnière. Entre espoir d’une grâce royale et spectre d’un alourdissement des peines, le destin de ces 18 Sénégalais demeure suspendu au fil ténu d’une justice dont beaucoup, des deux rives de l’Atlantique, scrutent avec anxiété les prochains soubresauts.