
C’est un coup de tonnerre dans le paysage sanitaire gabonais. Dans une déclaration fracassante rendue publique ce dimanche 29 mars, Germain Stéphane Iloko, ancien candidat à l’élection présidentielle d’avril 2025 et médecin de formation, a sommé les responsables de la Caisse Nationale d’Assurance Maladie et de Garantie Sociale (CNAMGS) de remettre de l’ordre dans leurs rangs sous huitaine, faute de quoi il saisira la justice pour mise en danger délibérée de la vie d’autrui. Une mise en demeure cinglante qui intervient dans un contexte de déliquescence avancée de l’une des institutions les plus stratégiques de la République gabonaise.
Créée par la loi n°13/2007 du 23 août 2007, la CNAMGS incarne l’une des ambitions les plus nobles que le Gabon ait jamais nourries pour ses citoyens : garantir à chaque Gabonais économiquement faible (GEF), à chaque travailleur du secteur privé et à chaque fonctionnaire, un accès équitable et digne aux soins de santé. Depuis lors, cette institution tutélaire s’est érigée en pilier central de la protection sociale nationale, assumant la prise en charge des consultations médicales, des hospitalisations, des prescriptions pharmaceutiques et des évacuations sanitaires pour des centaines de milliers de bénéficiaires et leurs ayants droit.
En près de deux décennies d’existence, la CNAMGS a su forger une réputation enviable bien au-delà des frontières gabonaises. Plusieurs nations africaines — notamment au sein de la Communauté Économique des États de l’Afrique Centrale (CEEAC) — ont ouvertement exprimé leur admiration pour ce modèle de couverture sociale universelle, certaines allant jusqu’à solliciter l’expertise gabonaise pour en transposer les mécanismes sur leur propre territoire. Le Gabon, souvent cité en exemple lors des forums régionaux sur la protection sociale, s’est longtemps présenté comme un phare en matière de sécurité sanitaire sur le continent. Cette aura, chèrement acquise, est aujourd’hui menacée d’effondrement.
Un naufrage annoncé, une faillite organisée
Ce que dénonce Germain Stéphane Iloko n’est pas un simple grain de sable dans les rouages administratifs. C’est, selon ses propres termes, un « scandale d’État » — et les faits incriminés semblent être d’une gravité qui laisse sans voix.
Des officines pharmaceutiques conventionnées avec la CNAMGS refuseraient délibérément de dispenser les médicaments aux assurés sociaux. Des services suspendus sans préavis ni notification officielle, précipitant des milliers de patients dans un vide thérapeutique abyssal. Des prises en charge annulées du jour au lendemain, sans la moindre explication fournie aux familles concernées.
«Ce qui se passe aujourd’hui à la CNAMGS n’est plus un simple dysfonctionnement. C’est un scandale d’État. Des pharmacies, liées par convention à la CNAMGS, décident délibérément de ne plus servir les assurés. Et cela se fait au vu et au su du gouvernement», tonne le médecin-politicien, visiblement ulcéré.
Pour cet homme dont l’engagement envers la santé publique a structuré l’intégralité de son projet de société lors de la dernière présidentielle, les répercussions de cette gabegie institutionnelle dépassent largement le cadre de la simple inefficacité bureaucratique. Elles touchent à l’essence même du pacte républicain.
L’ultimatum : huit jours pour éviter le tribunal
Refusant d’endosser, même de loin, la responsabilité morale de ce naufrage, Germain Stéphane Iloko a assorti sa dénonciation d’un ultimatum sans équivoque. Les dirigeants de la CNAMGS disposent de huit jours francs pour rétablir l’intégralité des prestations, réintégrer les médecins suspendus, contraindre les pharmacies conventionnées à honorer leurs obligations contractuelles, et prouver, par des actes concrets, que l’État gabonais protège encore ceux qu’il a solennellement promis de défendre.
«Vous avez huit jours pour rétablir la situation. Huit jours pour garantir l’accès aux soins. Huit jours pour remettre de l’ordre. Huit jours pour prouver que l’État protège encore ses citoyens. Passé ce délai, je saisirai la justice. Et cette fois, il ne s’agira pas de discours. Il s’agira de responsabilités pénales. Parce que trop, c’est trop. La vie des Gabonais n’est pas négociable», assène-t-il, le verbe tranchant comme un scalpel.
Au-delà de la stature personnelle de celui qui le formule, cet ultimatum résonne comme le sismographe d’un malaise collectif bien plus profond. Si le Gabon a longtemps incarné un modèle de protection sociale enviable aux yeux de ses voisins continentaux, laisser la CNAMGS sombrer dans l’impéritie revient à dilapider un capital institutionnel et diplomatique bâti de haute lutte.
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