
Le vacarme des machines, l’odeur du métal en fusion, la fierté d’une première coulée d’acier : à Port-Gentil, l’inauguration des Aciéries du Gabon, portées par le groupe FOBERD, avait tous les airs d’une fête industrielle. Mais c’est un tout autre message qui a marqué les esprits ce jour-là — un avertissement, sec et sans détour, lancé par le ministre de l’Industrie et de la Transformation Locale, Me Lubin Ntoutoume, à l’adresse de tout le patronat industriel du pays la semaine dernière.
Pour le ministre, bâtir des usines, gonfler des chiffres de production et multiplier les annonces d’embauches ne suffit plus. L’industrialisation, martèle-t-il, doit désormais se mesurer à l’aune du quotidien des travailleurs gabonais.
Des emplois, oui — mais pas au rabais
L’usine doit générer 200 postes directs et 300 emplois indirects, une manne que le gouvernement veut arrimer à sa stratégie de diversification économique. Mais Me Ntoutoume a refusé que ces chiffres ne servent que de vitrine communicationnelle.
Devant les industriels, il a exigé que chaque création d’emploi s’accompagne d’une réelle politique de stabilisation professionnelle, plaidant pour la généralisation du contrat à durée indéterminée : « Privilégier, chaque fois que la nature du poste le permet, le contrat à durée indéterminée (CDI) plutôt qu’un quelconque contrat précaire. La précarité de l’emploi n’a pas sa place dans une industrie appelée à s’inscrire sur la durée. »
Un rappel à l’ordre qui pointe une contradiction que le pays connaît bien : à quoi bon multiplier les emplois annoncés si les travailleurs restent enfermés dans une succession de contrats précaires, sans aucune visibilité sur leur avenir ? Le ministre l’a formulé sans détour : « Nous ne pouvons pas demander à notre jeunesse de croire en l’avenir si, dans le même temps, les emplois générés par les investissements réalisés sur notre territoire lui échappent. »
Salaires, cotisations, conventions collectives : le droit doit s’appliquer
Derrière cette sortie se profile un chantier bien plus vaste : celui de l’effectivité des droits sociaux — versement des salaires et de leurs accessoires, affiliation aux caisses sociales, reversement des cotisations, respect des conventions collectives, sécurité au travail.
Sur ce terrain, le Gabon n’est pourtant pas démuni. Membre de l’Organisation internationale du Travail depuis 1960, le pays a ratifié 42 conventions de l’institution, dont 36 restent en vigueur aujourd’hui, couvrant notamment la liberté syndicale, la négociation collective et l’égalité de rémunération. L’enjeu n’est donc pas d’inventer de nouvelles règles, mais de faire appliquer celles qui existent déjà — une mission qui incombe au ministère de l’Emploi, chargé de veiller au respect des engagements pris par les opérateurs économiques.
Fini l’exportation de la ferraille
Le ministre ne s’est pas arrêté au volet social. Il a également sommé les industriels de revoir leurs pratiques d’approvisionnement, en s’attaquant frontalement à l’exportation des rebuts métalliques de l’Ogooué-Maritime : « Les rebuts ferreux et non ferreux ne doivent plus être l’objet d’exportation. »
Puis, sur un ton quasi martial : « Il n’y aura pas de dérogation. L’État fixe les règles. Les opérateurs économiques doivent les respecter. » Objectif affiché : transformer la ferraille en véritable matière première nationale plutôt que de la laisser quitter le territoire brute — une logique en parfaite cohérence avec le modèle des Aciéries du Gabon, qui recyclent déchets métalliques et épaves pour produire de l’acier destiné au bâtiment.
Pour donner des dents à cette interdiction, le ministre a annoncé la création d’une brigade de contrôle sur l’ensemble du territoire, dont la mission sera de « constater les infractions et de les soumettre à la justice qui décidera des sanctions appropriées », le tout, a-t-il précisé, dans le strict cadre légal.
Même les épaves automobiles qui encombrent Port-Gentil entrent dans ce plan : leur enlèvement, décidé par la municipalité, alimentera directement les fourneaux de l’industrie sidérurgique locale — un geste que le ministre a qualifié de double victoire, pour l’assainissement urbain comme pour l’approvisionnement industriel.
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