
Port-Gentil, 22 septembre 2026. Le sénateur Georges Mpaga, élu du département d’Etimbouè (Ogooué Maritime) et défenseur inlassable de l’environnement, sort de sa réserve. Dans une déclaration solennelle rendue publique le mardi 22 septembre dernier, il invite l’exécutif à rompre avec la logique du « tout-brut » qui, selon lui, a condamné le Gabon à l’indigence malgré plus de sept décennies d’extraction pétrolière et manganésifère.
Situé à cinquante kilomètres de Lambaréné, le gisement polymétallique de Maboumine (Moyen Ogooué) révèlerait un trésor géologique unique : près de 150 000 tonnes de niobium — la deuxième réserve mondiale —, les dix-sept terres rares, du scandium, des phosphates, du tantale, mais aussi des traces d’uranium et de thorium, vestiges radioactifs qui font peser une ombre sur tout le projet. Le sénateur martèle une évidence économique : brader le minerai brut, comme le prévoit le protocole d’accord signé en février dernier avec l’Indonésie, reviendrait à sacrifier une manne vingt fois supérieure.
Raffiner et transformer sur place plutôt qu’exporter à l’état de concentré, c’est, selon lui, la différence entre deux cents emplois de manœuvres et cinq mille postes d’ingénieurs, auxquels s’ajouteraient quinze mille emplois indirects irriguant Lambaréné, Ozouri et Port-Gentil.
L’Ogooué et la lagune Nkomi, sentinelles menacées?
Au-delà du calcul financier, le parlementaire tire la sonnette d’alarme écologique. Le corridor fluvial reliant Maboumine à Ozouri emprunterait l’Ogooué, fleuve nourricier qu’il refuse de voir transformé en voie industrielle. Chavirage de barge, rupture de sac, lavage sauvage : les scénarios de contamination évoqués menaceraient directement l’eau potable du Moyen-Ogooué.
À l’embouchure, c’est la lagune Nkomi — ancienne lagune Fernan-Vaz, site Ramsar et nourricerie pour lamantins, crevettes et tortues luths — qui concentrerait les risques, sous l’effet du lessivage des poussières et des boues acides charriées par les pluies équatoriales.
Sept verrous avant toute ratification?
Georges Mpaga conditionne son vote à sept exigences non négociables : publication intégrale du protocole d’accord et de ses annexes ; consultations populaires préalables et obligatoires à Maboumine, Ndjolé, Bifoun, Ozouri et Port-Gentil, tenues en langues omyènè et fang ; campagne nationale d’information de quatre-vingt-dix jours pour forger un consensus éclairé.
À celà, il ajoute l’étude d’impact environnemental et social unique, indépendante, couvrant tout l’axe mine-fleuve-port et intégrant un volet radioprotection ; partage équitable des revenus.
Sans exclure une redevance minimale de dix 10% ; respect scrupuleux des droits coutumiers des communautés myènè, fang et akélé ; et enfin, obligation de transformation locale, avec cinquante pour cent du raffinage réalisé au Gabon d’ici 2030 et la totalité de la fabrication d’aimants à Port-Gentil-Ozouri d’ici 2035.
« Le Qatar des aimants » ou le spectre d’une nouvelle Mounana?
Pour le vénérable sénateur, l’enjeu dépasse la seule rentabilité : il s’agit d’éviter que le village de pêcheurs d’Ozouri ne devienne, sans consentement, un port minier sacrifié, ou pire, une réplique côtière du drame sanitaire de Mounana. À l’inverse, une filière intégrée, adossée au gaz de Port-Gentil et à une école nationale de chimie des terres rares, positionnerait le Gabon comme fournisseur souverain d’une Europe en quête d’alternatives à la mainmise chinoise sur le raffinage mondial.
« Maboumine doit être l’école de la Vème République », conclut le sénateur, qui promet de s’opposer à toute ratification tant que transparence, consultation, consensus populaire et étude d’impact honnête ne seront pas garantis.
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