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[Interview exclusive] Mathurin Ovono Ébè/Snec-UOB : «Nous demandons qu’un audit de la première dotation de 11 milliards soit réalisé avant que cette nouvelle enveloppe ne soit débloquée»

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Propos recueillis par Randy Louba

Depuis plusieurs années, l’Université Omar Bongo (UOB) est confrontée à une crise multiforme qui fragilise son fonctionnement et compromet ses ambitions académiques : effectifs pléthoriques, infrastructures insuffisantes, modèle économique sous tension, conditions de travail difficiles pour les enseignants-chercheurs et climat social régulièrement marqué par des mouvements syndicaux. Le premier établissement public d’enseignement supérieur du Gabon peine à retrouver une stabilité durable. Malgré les audits successifs et les initiatives engagées pour remettre l’institution aux normes par les plus hautes autorités, les difficultés persistent.

À l’approche de la rentrée universitaire 2026-2027, la question du financement et de la modernisation de l’UOB revient avec acuité dans le débat public. Dans ce contexte, Mathurin Ovono Ebe, président du Syndicat national des enseignants-chercheurs, section Université Omar Bongo (SNEC-UOB), défend plusieurs pistes de réforme — dont une proposition particulièrement audacieuse. Pour mieux comprendre les motivations qui sous-tendent ces propositions, les enjeux liés au financement de l’enseignement supérieur et les perspectives d’avenir de l’UOB, La Médiane s’est rapprochée Mathurin Ovono Ebe le jeudi 13 août dernier.

La Médiane : Dans une récente déclaration publique, vous avez formulé plusieurs propositions, notamment celle portant sur le relèvement des frais d’inscription universitaire jusqu’à 100 000 francs CFA. Quelles sont précisément les motivations qui sous-tendent cette proposition ?

Mathurin Ovono Ebe : Je vous remercie d’accorder de l’importance à cette sortie récente, qui est en réalité celle du SNEC-UOB, dont je suis, en tant que président, le porte-parole. Vous me demandez quelles sont les motivations qui sous-tendent la proposition de relèvement des frais de scolarité de 35 000 à 100 000 francs CFA.

J’aimerais rappeler, tout d’abord, que le Gabon est signataire de conventions internationales et communautaires. Au niveau de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), dont le Gabon fait partie, les frais de scolarité sont plafonnés à un minimum de 50 000 francs CFA. Le Gabon, en tant que membre de la CEMAC, doit donc respecter cette directive.

Par ailleurs, dans la région, la Côte d’Ivoire fixe ses frais de scolarité à 100 000 francs, tout comme le Congo-Brazzaville. Nous avons donc, d’un côté, le plancher CEMAC fixé à 50 000 francs, et, de l’autre, l’exemple du Congo et de la Côte d’Ivoire à 100 000 francs. Le SNEC-UOB propose donc que le Gabon respecte au minimum la directive de la CEMAC, soit 50 000 francs.

Mais pourquoi allons-nous au-delà de cette seule demande ?

L’UOB fait face à de nombreuses difficultés d’ordre infrastructurel, structurel et financier. Sur le plan infrastructurel, l’université doit elle-même financer la construction et la réhabilitation de ses équipements, et garantir un accès universel à Internet — le Wi-Fi — pour tous les étudiants et tous les enseignants-chercheurs.

Or l’UOB ne compte que sur la subvention de l’État, qui s’élève à 3,8 milliards de francs CFA, et qui n’est même pas consommée à 100 %. Je peux vous révéler qu’à ce jour, en août 2026, l’université n’a reçu que 600 millions sur les 3,8 milliards qui constituent cette subvention, avec laquelle elle est censée fonctionner.

Il faudrait donc que l’Université Omar Bongo diversifie ses sources de financement. Il y a la subvention de l’État, certes, mais elle doit aussi augmenter ses fonds propres — et l’une des principales sources de ces fonds propres, ce sont précisément les frais de scolarité.

En les portant de 35 000 à 70 000 francs, nous estimons que l’université pourrait atteindre 2,1 milliards de francs, soit au moins 75 % de son budget annuel. C’est l’une des raisons qui sous-tendent cette proposition, car les grèves à répétition à l’UOB sont dues, pour l’essentiel : au non-paiement ou au retard de paiement des heures de vacation ;à l’insuffisance des capacités d’accueil et à la fracture numérique.

Nous pensons que le relèvement des frais de scolarité permettrait à l’université de prendre en charge elle-même ces besoins, plutôt que de continuer à dépendre d’une subvention de l’État versée au compte-gouttes.

La Médiane : Peu de temps après cette proposition, le président de la République a annoncé une enveloppe de 9 milliards de francs CFA destinée au secteur de l’enseignement supérieur. Peut-on y voir un signal fort de la volonté de l’exécutif de soutenir les établissements publics et de répondre à leurs difficultés structurelles ?

Mathurin Ovono Ebe : Depuis le 30 août 2023, la volonté des plus hautes autorités de l’État, à commencer par le chef de l’État et chef du gouvernement, Son Excellence Brice Clotaire Oligui Nguema, de soutenir les universités est manifeste. Dès l’entame de la Transition, il avait, alors président de la Transition, accordé une dotation de 11 milliards de francs destinée à réhabiliter les universités et à augmenter leurs capacités d’accueil.

Mais nous constatons, et nous le regrettons, que de nombreux chantiers sont à l’arrêt. À l’Université Omar Bongo, par exemple, 3 milliards issus de cette dotation devaient permettre de construire un bloc pédagogique et deux amphithéâtres de 500 places chacun. Or, sur ces trois édifices, un seul est en cours de réalisation. Nous avons toujours demandé un audit de ces 3 milliards, car nous estimons que la construction de ce bâtiment — aujourd’hui à l’arrêt — ne peut à elle seule justifier une telle somme.

Où sont passés les deux amphithéâtres de 500 places prévus ? Et pourquoi ce seul bâtiment, qui a englouti 3 milliards de francs, n’a-t-il toujours pas été livré ?

Le président de la République, toujours dans sa volonté de moderniser l’enseignement supérieur public, annonce aujourd’hui une nouvelle dotation de 9 milliards. Nous saluons cette initiative. Mais nous demandons qu’un audit de la première dotation de 11 milliards soit réalisé avant que cette nouvelle enveloppe ne soit débloquée, et que des contrats de performance soient signés avec les entreprises chargées des réhabilitations et constructions. L’État ne peut pas continuer à débourser de l’argent sans obtenir de résultats.

Nous demandons donc un audit de la première dotation du CTRI de 11 milliards, en particulier au niveau de l’Université Omar Bongo, car nous ne comprenons pas que les chantiers n’aient toujours pas été livrés avec une telle somme. S’ils n’ont pas pu l’être avec 11 milliards, ils ne le seront pas davantage avec 9 milliards supplémentaires.

Que les entreprises cessent de jouer avec l’argent du contribuable, et qu’elles cessent de méconnaître la volonté du président de la République en matière de restructuration et de réhabilitation des universités publiques, pour qu’elles répondent enfin aux normes et standards internationaux. Les entreprises adjudicataires ne peuvent pas continuer à dilapider ainsi l’argent public.

Nous demandons donc un audit de la première dotation, et que les entreprises chargées de réhabiliter les trois grandes universités du Gabon signent des contrats de performance garantissant la livraison des bâtiments dans les délais.

La Médiane : Tout au long de l’année universitaire 2025-2026, vous n’avez cessé d’alerter sur les retards de paiement des vacations, couvrant plusieurs exercices. Des audits ont notamment fait état de situations concernant certaines années, entre 2020 et 2023. Où en est aujourd’hui le règlement de ces arriérés ? Qu’en est-il des autres exercices encore en attente ?

Mathurin Ovono Ebe ; Pour ce qui est de l’Université Omar Bongo, le rectorat et les partenaires sociaux, représentés par le SNEC-UOB, ont signé un protocole d’accord le 7 août 2026 pour apurer la dette de vacation 2022-2023, qui est d’ailleurs la seule concernée. Cette dette s’élève à plus de 464 millions de francs CFA.

Les autorités rectorales s’engagent à régler cette dette sur trois années budgétaires. La première année couvrira 40 % de la dette, laissant un solde de 60 %, réparti à parts égales sur les deux années suivantes : le rectorat s’acquittera de 30 % en 2028, puis des 30 % restants en 2029.

Le calendrier se décompose donc en trois étapes : dès la rentrée 2026-2027, avec le budget 2027, l’université réglera plus de 185 millions sur les 464 millions dus ; le solde sera ensuite versé en 2028 et en 2029. Tel est le contenu du protocole d’accord signé entre le rectorat et le SNEC-UOB.

La Médiane : Le monde connaît aujourd’hui une transformation technologique sans précédent, portée notamment par l’intelligence artificielle, le numérique et l’émergence de nouveaux métiers. Quelle place l’Université Omar Bongo accorde-t-elle à ces mutations ?

Mathurin Ovono Ebe : Aujourd’hui, l’Université Omar Bongo n’est pas suffisamment préparée pour former les étudiants aux métiers du numérique et de l’intelligence artificielle, en raison notamment de la fracture numérique dont elle souffre.

C’est aussi pour cette raison qu’en demandant le relèvement des frais de scolarité, nous proposons qu’une partie de ces ressources supplémentaires soit affectée à la résorption de cette fracture numérique et à la mise aux normes internationales de l’université en matière de numérique et d’intelligence artificielle, afin de mieux aborder les enjeux du XXIᵉ siècle et de ne pas rester en retrait par rapport aux établissements les plus performants.

Si l’Université Omar Bongo ne figure pas dans les classements internationaux, c’est en grande partie à cause de cette fracture numérique. Il faudrait que l’université s’adapte à son époque et s’arrime pleinement au XXIᵉ siècle. Pour l’heure, elle n’est pas suffisamment préparée à former les Gabonais aux métiers d’avenir liés au numérique

La Médiane : Comment imaginez-vous l’Université Omar Bongo dans les dix, quinze ou vingt prochaines années ?

Mathurin Ovono Ebe : Pour conclure, j’imagine l’Université Omar Bongo, dans les dix, quinze ou vingt prochaines années, en position de référence dans les métiers d’avenir et en matière de performance, que ce soit sur le plan numérique ou sur d’autres plans. Mais, pour y parvenir, il faudrait que l’État consente à explorer et à mettre en œuvre les différentes propositions que nous avons formulées dans notre communiqué de presse.

J’imagine donc une Université Omar Bongo performante d’ici dix, quinze ou vingt ans, grâce à la mise en application de ces propositions et, surtout, grâce au volontarisme du président de la République, chef de l’État et chef du gouvernement, Son Excellence Brice Clotaire Oligui Nguema, qui n’a cessé de nous démontrer sa force constructive, sa force démocratique et sa force inclusive.

C’est tout ce que je pouvais dire, Monsieur, en réponse aux différentes questions que vous m’avez posées et aux différentes propositions que le SNEC-UOB a formulées pour le développement de l’Université Omar Bongo. Je vous remercie.

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