
Dans un communiqué au vitriol rendu public le 13 mai 2026, Nicaise Moulombi, Président de l’organisation non gouvernementale Croissance Saine environnement (CSE) exprime une « profonde préoccupation » face à ce qu’il présente comme des pratiques persistantes de captation des données scientifiques, d’appropriation des savoirs locaux et d’exploitation institutionnelle menées sous couvert de coopération scientifique internationale.
Selon le communiqué, plusieurs projets de recherche conduits sur le territoire gabonais, avec l’appui des communautés locales, des institutions nationales ainsi que de ressources publiques et humaines, auraient surtout profité à des intérêts extérieurs. Le communiqué déplore que, malgré l’ampleur des financements mobilisés, les retombées concrètes pour les populations concernées restent marginales, tandis que les bases de données, archives, résultats d’analyses et productions intellectuelles demeurent majoritairement contrôlés hors du pays.
Dans cette charge frontale, Nicaise Moulombi vise explicitement Lee White, qu’il accuse de s’apprêter à divulguer à Londres des éléments relevant, selon lui, d’une souveraineté scientifique qui ne saurait être bradée. Le communiqué fustige pêle-mêle l’absence de restitution complète des données collectées, le déficit de transparence sur l’usage des financements de recherche, l’exploitation de savoirs locaux sans mécanismes équitables de reconnaissance ni de partage, ainsi que des dynamiques d’influence permettant à certaines figures politiques ou scientifiques de consolider leur aura internationale au détriment des intérêts nationaux.
Le document formule, en conséquence, une série d’exigences fermes. Première revendication : la remise immédiate et intégrale de l’ensemble des données scientifiques recueillies au Gabon. Sont notamment visés les archives scientifiques, bases de données numériques, résultats d’analyses, échantillons, publications, cartographies, inventaires patrimoniaux et culturels, ainsi que tout document produit grâce aux financements liés aux projets concernés.
Deuxième demande : l’ouverture d’un audit international indépendant. Celui-ci devrait, selon le communiqué, permettre de faire toute la lumière sur l’utilisation réelle des budgets annoncés, les bénéfices concrets pour les communautés locales, les impacts durables sur les infrastructures scientifiques nationales, ainsi que sur le respect des règles éthiques et des engagements contractuels.
Au-delà du cas particulier de Lee White, Nicaise Moulombi inscrit son offensive dans une dénonciation plus large des rapports de domination dans la production du savoir. Il appelle à une décolonisation de la recherche, à la protection stricte de la souveraineté des données et des savoirs locaux, et à une gouvernance scientifique fondée sur l’équité, la transparence, la restitution des données, le respect des communautés et la pleine reconnaissance des chercheurs nationaux.
Le communiqué va plus loin encore en s’inquiétant de situations où certaines personnalités publiques auraient mobilisé leur statut politique, diplomatique ou des affiliations de nationalité pour asseoir une autorité facilitant la collecte, le transfert ou l’exploitation de données stratégiques au profit d’intérêts extérieurs. Une telle mise en cause, particulièrement sévère, confère à cette sortie une portée éminemment politique, au croisement des enjeux de science, de souveraineté et de gouvernance.
En filigrane, c’est donc une bataille pour la maîtrise du récit scientifique africain qui se joue. Et le message de Nicaise Moulombi est sans ambiguïté : la recherche ne peut prospérer sur le socle de l’opacité, de l’asymétrie et du dessaisissement. Pour ses auteurs, la crédibilité scientifique ne saurait s’affranchir ni de la justice, ni de l’éthique, ni du respect de la souveraineté des peuples.
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