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[Gabon-Justice] SOS Prisonniers tire la sonnette d’alarme sur la détention prolongée de Guindamba Thibault, alias « Pierre Péan du Sud »,

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Mouila (Ngounié), le 13 mai 2026 — C’est une visite empreinte de soulagement, mais aussi d’indignation, que la coordination provinciale de SOS Prisonniers Gabon (SPG) a effectuée, mardi 12 mai, dans les couloirs feutrés de la Prison Centrale de Mouila. Au cœur de cette démarche : Guindamba Thibault, l’activiste surnommé « Pierre Péan du Sud », croupissant derrière les barreaux depuis le 23 janvier 2026, poursuivi pour diffamation à l’encontre de Guy Bertrand Mapangou, Président du Conseil Économique, Social, Environnemental et Culturel.

À la surprise générale, le détenu a accueilli ses visiteurs avec un mélange de stupéfaction et d’émotion. Convaincu d’avoir sombré dans l’oubli collectif, l’activiste n’attendait plus grand monde. Sur le plan physique, les délégués de SPG ont pu constater un état de santé satisfaisant : aucune restriction de visite signalée, aucun mauvais traitement allégué. Une lueur rassurante dans un tableau autrement sombre.

Quatre mois de détention sans jugement : le paradoxe provincial

C’est sur le terrain judiciaire que SPG hausse véritablement le ton. L’organisation, dirigée par Lionel Engonga, ne décolère pas : voilà près de quatre mois que Guindamba Thibault languît en détention préventive sans avoir été présenté devant un tribunal. Un délai qui confine à l’aberration, d’autant que les faits reprochés relèvent de la diffamation — une infraction dont la mécanique juridique n’exige, en principe, aucune investigation labyrinthique.

Le paradoxe est d’autant plus saisissant que la juridiction de Mouila, en province, traite un volume d’affaires notoirement inférieur à celui des prétoires librévillois. « Cela suscite davantage d’interrogations lorsque l’on sait qu’en province, le volume des affaires à traiter est généralement moins important qu’à Libreville », fustige SPG dans un communiqué cinglant.

L’instruction : un outil dévoyé ?

Sur le fond, l’ONG interpelle frontalement la mécanique judiciaire à l’œuvre. Pourquoi cette affaire n’a-t-elle pas été orientée vers une procédure de flagrant délit, plus rapide et plus adaptée à la nature des faits ? L’instruction judiciaire — réservée aux dossiers complexes, aux crimes nécessitant des investigations fouillées — semble ici avoir été convoquée hors de son terrain naturel. Or, dans un dossier de diffamation, les pièces maîtresses du puzzle sont, par essence, d’emblée disponibles :les propos incriminés, consignés noir sur blanc ;leur auteur présumé, parfaitement identifié ;la victime désignée ;le support de diffusion, aisément traçable

Dès lors, une détention prolongée assortie d’une instruction interminable pour de tels faits apparaît, selon SPG, non seulement disproportionnée, mais potentiellement attentatoire aux libertés fondamentales — singulièrement lorsque toutes les garanties de représentation sont réunies.

Le Gabon à contre-courant de l’histoire?

SPG élargit le débat à l’échelle continentale pour mieux souligner l’anachronisme de la législation gabonaise. Dans plusieurs nations africaines — le Ghana, la Sierra Leone, le Kenya en tête —, la diffamation a été dépénalisée ou du moins déjudiciarisée au sens pénal du terme. Elle relève désormais du registre civil, visant à réparer un préjudice plutôt qu’à broyer des destinées, dans le respect scrupuleux de la liberté d’expression et des impératifs de l’État de droit.

Le Gabon, lui, semble camper sur une conception punitive et archaïque du droit à la parole. Une posture que SPG juge non seulement rétrograde, mais dangereuse pour la vitalité démocratique du pays.

L’ONG exhorte les autorités judiciaires à faire preuve de diligence accrue, à recourir avec parcimonie aux mandats de dépôt pour des infractions non violentes, et à regarder en face le visage humain de ceux qui attendent, dans l’ombre des cellules, qu’on daigne enfin les juger.

L’affaire Guindamba n’est peut-être qu’un cas parmi d’autres. Mais pour SPG, elle cristallise les dérives d’un système judiciaire qui doit, urgemment, se réformer.

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