
Depuis plus d’un mois, la fronde lycéenne embrase une grande partie du territoire. Partie de la région parisienne à la mi-septembre, elle dénonce la déliquescence des conditions d’apprentissage : enseignants absents non remplacés, locaux délabrés, moyens insuffisants, et suppression de Parcoursup. Face à cette exaspération, le gouvernement a promis l’arrivée de 3 000 professeurs remplaçants, mesure jugée dérisoire par une jeunesse qui réclame davantage qu’un simple pansement.
Samedi 17 octobre, cette colère a fusionné avec celle des gilets jaunes, des syndicalistes et des militants écologistes, dans une journée de convergence d’une ampleur rare. Le ministère de l’Intérieur a dénombré 550 000 manifestants, dont 110 000 à Paris, tandis que les organisateurs en revendiquaient 800 000.
Mais cette mobilisation, dans sa grande majorité pacifique, a été éclipsée par des débordements d’une extrême gravité : vitrines pulvérisées, commerces pillés, mobilier urbain renversé, véhicules et bâtiments livrés aux flammes. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a fait état de 1 200 interpellations et de 150 policiers et gendarmes blessés, qualifiant de « miracle » le fait que le bilan ne soit pas plus lourd.
Le contraste est saisissant. D’un côté, des cortèges d’adolescents qui réclament simplement de pouvoir étudier dans des conditions dignes. De l’autre, des groupes de casseurs que le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, impute à l’ultragauche, et qui ont transformé la colère légitime en saccage. Les ministres de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur ont d’ailleurs déploré que le message de la jeunesse soit désormais noyé dans le chaos.
Le chef de l’État a promis que « ceux qui ont cassé, attaqué les préfectures comme les commerces » seraient poursuivis. Mais la répression ne saurait tenir lieu de réponse politique. À six mois de la présidentielle, le pouvoir doit entendre une jeunesse qui doute de son avenir, sans quoi le pays qui se réclame des droits de l’homme risque de s’enliser dans une impasse dont il ne sortira ni par la force ni par le silence.