
Joseph Kabila, qui a quitté le pouvoir en 2019 après dix-huit ans de règne, n’a jamais tout à fait disparu de la scène. Condamné à mort par contumace par la justice militaire de Kinshasa en septembre 2025 pour trahison, il a choisi de rallier la coalition Alliance Fleuve Congo (AFC), dont le M23 constitue la force armée et dont le coordonnateur, Corneille Nangaa, fut jadis son proche.
Ce rapprochement, qui transforme l’ancien chef d’État en figure de l’opposition armée, brouille un peu plus une scène politique déjà morcelée et rend la frontière entre contestation démocratique et insurrection de plus en plus floue.
À l’est, le M23 poursuit son expansion avec un soutien militaire rwandais que les experts de l’ONU documentent depuis plusieurs années et que Kigali continue de nier pour l’essentiel. La prise de Goma, en janvier 2025, puis celle de Bukavu, ont placé de vastes pans du Nord et du Sud-Kivu sous l’administration d’un mouvement rebelle qui dispose désormais de ses propres structures de gouvernance.
Malgré les accords de paix signés sous médiation américaine et qatarie, les combats n’ont jamais véritablement cessé, et les populations civiles en paient le prix le plus lourd, entre déplacements massifs, violences et crise humanitaire.
C’est dans ce contexte que Félix Tshisekedi, réélu en décembre 2023, a ouvert le débat sur une révision constitutionnelle. Il a déclaré en mai 2026 qu’il se disait prêt à accepter un troisième mandat si le peuple le souhaitait, une formule qui a immédiatement alarmé l’opposition. Or la Constitution interdit explicitement toute révision portant sur la durée et le nombre des mandats présidentiels, et interdit toute révision en période de guerre ou d’état de siège.
Les critiques y voient une tentative de se maintenir au pouvoir sous couvert de la guerre elle-même, d’autant que deux provinces de l’est échappent à la souveraineté effective de Kinshasa et seraient privées de tout référendum. Le paradoxe est cruel : en invoquant l’insécurité pour justifier le report des élections de 2028, le pouvoir fragilise la légitimité qui lui permettrait de la combattre.
Pourtant, ce pays immense, riche en cobalt, coltan, cuivre et lithium, dispose de ressources qui devraient en faire l’une des économies les plus prospères du continent. Ses richesses n’ont jamais profité à sa population, prise dans une spirale de prédation, de corruption et de rivalités régionales qui la dépassent.
Tant que la paix ne sera pas construite sur la justice, la souveraineté réelle et le respect des règles démocratiques, le sous-sol congolais continuera d’alimenter des conflits dont il ne tire aucun bénéfice. La question n’est donc plus seulement celle d’un homme ou d’un mandat, mais de la capacité d’un État à redevenir maître de son territoire et de son destin.