
Le Conseil gabonais du patronat (CGP) n’y va pas par quatre chemins. Dans une note d’analyse adressée le 29 septembre au Vice-Président du Gouvernement, son président, Francis Jean Jacques Evouna, passe au crible le projet de loi de finances 2027, arrêté à 6 223,1 milliards de FCFA. Un budget en flambée de 727,9 milliards (+13,2 %), bâti sur une croissance espérée de 4,5 %.
Le patronat salue une architecture comptable qui tient la route et une ambition d’investissement bien réelle, avec 1 058,4 milliards fléchés vers les chantiers. Mais derrière la façade, l’organisation patronale flaire des fissures qu’il faudrait colmater avant le vote des parlementaires. Le premier point noir saute aux yeux : cette enveloppe gonflée ne repose pas sur des recettes en hausse, mais sur des emprunts. Les ressources de trésorerie bondissent de 680 milliards, soit près de 93 % de l’augmentation, tandis que les recettes totales n’avancent que d’environ 1,5 %.
Pendant ce temps, la facture de la dette s’envole : 667,3 milliards de charges financières, en progression de près de 37 %. Ce poste avale à lui seul 63 % de l’enveloppe d’investissement. Avec la masse salariale, les rigidités absorbent près de 50 % des recettes, rognant une marge de manœuvre déjà exsangue. Le déficit, lui, frôle les 909 milliards, soit 5,5 à 6 % du PIB.
Le CGP pointe surtout des hypothèses qui font tiquer. Le baril est calé à 70 dollars, en recul de 12,5 %, alors que le manganèse voit son prix grimper de 45 %, comme si les deux marchés ne respiraient pas le même air. Ajoutez à cela un volume de manganèse en hausse de 8,6 % sans capacité ferroviaire ni énergétique supplémentaire, et le risque de mirage budgétaire se précise. Autre zone d’ombre : la détente du spread souverain, d’environ 75 points de base, n’apparaît nulle part dans la trajectoire du coût de la dette. Quant au ratio dette/PIB, à 68,91 % fin 2025, il laisse à peine un point de marge sous le plafond communautaire de 70 %.
Face à ce tableau, le patronat propose une feuille de route : cadrage macroéconomique complet, scénarios de sensibilité avec un baril à 60-65 dollars, fonds de stabilisation alimenté par les surplus pétroliers et miniers, et gestion active de la dette. Il réclame aussi que 30 % de la commande publique aille aux PME locales, avec un délai de paiement de 30 jours, et un calendrier opposable pour solder les arriérés intérieurs, chiffrés à 4 600 milliards. Le CGP se dit prêt à plaider sa cause devant les commissions des finances de l’Assemblée nationale et du Sénat. Son message, en filigrane : sans transparence accrue et hypothèses plus sobres, la crédibilité du texte auprès des marchés et du FMI pourrait vaciller.
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