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Transparence fiscale : le Gabon épinglé par Washington, le patronat monte au créneau

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Le couperet est tombé le 12 août dernier. Dans son Fiscal Transparency Report 2026, le Département d’État américain classe le Gabon parmi les mauvais élèves de la transparence budgétaire mondiale. Un verdict que le Conseil gabonais du patronat (CGP) refuse de laisser filer sans réplique, comme en témoigne sa note stratégique adressée le 21 août au ministre de l’Économie, des Finances, de la Dette et des Participations, Thierry Minko.

Le constat est sans détour : sur 139 gouvernements passés au crible par la diplomatie américaine, 67 — dont le Gabon — ne satisfont pas aux exigences minimales de transparence budgétaire, quand 73 pays s’y conforment. Un chiffre qui, à lui seul, place Libreville du mauvais côté de la balance. Mais le CGP tient à nuancer la lecture médiatique de ce rapport, largement focalisée sur un seul aspect du dossier. Le document américain repose en réalité sur trois piliers distincts, dont la combinaison dessine un tableau plus large que le seul enjeu de l’endettement des entreprises publiques.

Premier grief : l’opacité qui entoure la dette du secteur parapublic, seules des données limitées sur les engagements de l’État étant accessibles au public — un manquement qui interdit toute consolidation fiable du risque budgétaire réel. Deuxième reproche : la fiabilité douteuse des rapports trimestriels d’exécution budgétaire, jugés « limités » et peu crédibles. Troisième faiblesse enfin, et non des moindres : l’indépendance défaillante de la Cour des comptes, dont les conclusions sur les comptes examinés ne sont pas rendues publiques.

Un signal qui confirme des alertes déjà lancées

Loin de découvrir le problème, le CGP rappelle qu’il documente cette fragilité depuis plusieurs semaines déjà. Le rapport américain vient ainsi conforter, de l’extérieur, une série de constats formulés dans ses précédentes notes. L’organisation patronale avait notamment pointé la position inconfortable du Gabon, premier émetteur endetté du marché des titres publics de la zone CEMAC, concentrant 31 % de l’encours régional à fin mai 2026.

Elle avait également relevé, au sujet de l’Eurobond de 920 millions de dollars émis le 30 juillet dernier, l’absence de communication sur le prix et le rendement de l’opération — une opacité de même nature que celle dénoncée par Washington. Sans oublier les divergences persistantes entre sources nationales et internationales sur le ratio dette/PIB, ni la proposition, déjà formulée par le CGP, d’une publication trimestrielle de l’apurement des arriérés dus aux opérateurs privés.

Une séquence financière à haut risque

Le timing n’a rien d’anodin. Le Gabon aborde une période charnière où plusieurs dossiers financiers lourds s’entrecroisent : le conseil d’administration d’Eramet prévu en septembre, la finalisation attendue du financement du barrage de Booué — un chantier colossal de 1 170 milliards de FCFA — d’ici fin octobre, et la préparation de la prochaine loi de finances.

Pour le patronat, la crédibilité du pays sur les marchés internationaux dépendra directement de sa capacité à lever des fonds dans de bonnes conditions à l’avenir, ce qui suppose une meilleure lisibilité de son exposition financière consolidée, dette parapublique comprise.

Son statut de premier débiteur régional accentue mécaniquement la vigilance de la BEAC et des partenaires de la sous-région. Quant au flou persistant sur la dette du secteur public, il complique le dialogue avec le FMI et la Banque mondiale, dont les évaluations divergent déjà des chiffres nationaux.

Autre point de friction identifié : la nécessité de rendre visible, avant même leur bouclage, l’impact de deux opérations d’ampleur — le financement de Booué et un éventuel rachat de participation dans Eramet — sur la dette consolidée de l’État. À défaut, prévient le CGP, ces dossiers viendraient eux-mêmes alimenter la zone d’ombre épinglée par les Américains.

Des pistes concrètes, sans se substituer au ministère

Sans prétendre dicter la marche à suivre, le CGP avance plusieurs pistes de cadrage. Il suggère d’abord de clarifier, en priorité, le périmètre exact des entreprises publiques concernées — le rapport américain se contentant d’une formule générale sans lister les entités visées. Le patronat cite, à titre indicatif, plusieurs dossiers déjà suivis de près : la SEEG et sa restructuration en cours, Comilog et les véhicules de participation de l’État dans Eramet, le montage financier du barrage de Booué, ainsi que les opérateurs portuaires et ferroviaires publics.

Sur la forme, l’organisation patronale plaide pour un état consolidé annuel de la dette des entreprises publiques, bâti sur une nomenclature stable permettant des comparaisons dans la durée, complété par une actualisation trimestrielle allégée. Elle recommande également une distinction claire entre dette garantie par l’État et dette non garantie des entités parapubliques, afin d’éviter toute ambiguïté sur l’étendue réelle de l’engagement souverain.

Le CGP propose enfin d’ancrer ce suivi dans un cadre institutionnel structuré, via la Cellule stratégique de pilotage et de coordination des investissements (CSPCI) qu’il appelle de ses vœux, placée sous autorité présidentielle directe, avant une consolidation ultérieure au niveau du ministère de l’Économie.

Un avertissement, pas une sanction

le CGP se veut mesuré : ce classement ne doit pas être lu comme une sanction, mais comme un signal convergent avec ses propres alertes des dernières semaines. La séquence financière qui s’ouvre — Eramet en septembre, Booué en octobre, loi de finances en fin d’année — offre, selon l’organisation patronale, une fenêtre d’action concrète pour transformer ce constat en progrès mesurables, sans attendre une nouvelle évaluation internationale pour réagir.

Le Patronat se dit disponible à apporter sa pierre à l’édifice.

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