
La Haute Cour du Kenya tranche. Elle rejette, ce mercredi 15 juillet, la demande de la communauté rastafari. Cette dernière réclamait une dérogation pour user du cannabis dans un cadre strictement religieux. Le verdict relance le débat sur la reconnaissance des minorités confessionnelles au Kenya.
La Rastafari Society of Kenya avait saisi la justice il y a plus de cinq ans. Elle ne visait pas une légalisation générale de la plante. Elle réclamait seulement une exemption pour un usage rituel.
Le juge Bahati Mwamuye a tranché. Il estime que la loi kényane sur les stupéfiants ne porte pas atteinte à la liberté religieuse des rastafaris. Il ajoute qu’accorder une telle exemption exigerait une base constitutionnelle solide, absente du dossier.
Les magistrats reprochent aussi aux requérants un vice de procédure. Ils auraient dû, selon la Cour, épuiser les voies administratives avant de saisir la justice constitutionnelle.
Une communauté qui dénonce une discrimination persistante
Les rastafaris rejettent cette lecture. Pour eux, le cannabis occupe une place sacrée dans leur foi. Il ne relève en rien d’un usage récréatif. Leur avocat, Dunstan Omari, hausse le ton. Il rappelle que le mouvement Jah Rastafari rayonne dans le monde entier. Il questionne alors un traitement différencié entre les fidèles kényans et ceux d’autres pays, comme l’Afrique du Sud.
Au-delà du cannabis, les rastafaris pointent d’autres discriminations. Ils citent le rejet lié au port des dreadlocks, les blocages à l’embauche et le manque de reconnaissance institutionnelle de leur identité religieuse.
Une victoire en demi-teinte
Le jugement n’est pourtant pas une défaite totale. Le juge reconnaît la nécessité d’un débat national sur la politique kényane en matière de cannabis. Il s’interroge même sur la pertinence de mobiliser autant de moyens policiers contre un usage personnel. Les avocats des rastafaris annoncent déjà un appel. La bataille judiciaire continue.
Cette décision dépasse le seul cadre du cannabis. Elle interroge la capacité du Kenya à concilier liberté de culte et respect de ses lois nationales. Elle relance aussi la question plus large de la protection des minorités religieuses dans le pays.