
Les grandes questions qui traversent la création littéraire africaine et ses diasporas s’invitent au cœur de l’agenda académique mondial. Le 12 juin 2026, l’Académie du Royaume du Maroc ouvre ses portes à Rabat pour un séminaire scientifique de haute tenue, placé sous l’intitulé « Essentiels des Littératures africaines et diasporiques ».
Portée par la Chaire des Littératures et des Arts Africains de l’Académie du Royaume du Maroc, cette rencontre de premier plan rassemble plusieurs chercheurs de renom autour d’un triple questionnement : les fondements épistémiques, les évolutions historiques et les perspectives contemporaines de la création littéraire africaine. Bien plus qu’un symposium ordinaire, l’événement se veut un espace de refondation critique, où les certitudes canoniques sont soumises à l’épreuve de la rigueur intellectuelle et de la diversité des regards.
L’initiative doit sa réalisation à la volonté conjuguée du professeur Abdel Jalil Lajomri, secrétaire perpétuel de l’Académie du Royaume du Maroc, et du professeur Eugène Ébodé, administrateur de la Chaire des Lettres et des Arts Africains — deux figures tutélaires dont l’engagement institutionnel a rendu possible la tenue de cet événement à portée civilisationnelle.
une voix gabonaise dans le concert des langues africaines
Le séminaire sera notamment marqué par l’intervention, en visioconférence, de Mathurin Ovono Ébè, maître de conférences CAMES en littérature espagnole générale et comparée. Ce chercheur gabonais livrera une communication consacrée à un panorama de quelques écrivains africains d’expression espagnole — une contribution qui s’inscrit dans le travail éditorial qu’il conduit au sein de l’Académie du Royaume du Maroc.
Par cette prise de parole, Mathurin Ovono Ébè entend dire « l’essentiel de la littérature hispanophone depuis les couleurs et la terre d’Afrique », selon ses propres termes, assumant lucidement la gageure d’un exercice qu’il qualifie lui-même de défi essentiel. Sa participation illustre avec éclat la vitalité de la recherche littéraire africaine dans des langues encore trop peu explorées sur le continent, et rappelle que la pluralité linguistique est au cœur même de l’identité des lettres africaines.
lubumbashi en première ligne de la réflexion africaine
Parmi les universitaires attendus, deux figures majeures de l’université de Lubumbashi confèrent au séminaire un relief scientifique particulier : les professeurs Justin K. Bisanswa et Emmanuel M. Banywesize. Leur participation témoigne du rayonnement croissant de la recherche congolaise dans les espaces internationaux de production du savoir, et consacre Lubumbashi comme l’un des foyers intellectuels incontournables des humanités africaines contemporaines.
réhabiliter les pères fondateurs, cartographier les modernités
Au cœur des échanges figure une question aussi vive que structurante : celle du canon littéraire africain — ses héritages assumés, ses ruptures revendiquées, sa capacité à intégrer la foisonnante diversité des expériences diasporiques. Les organisateurs proposent à cet effet une relecture historique des corpus africains, qui restitue leur juste place à des figures fondatrices trop souvent écartées des récits classiques de l’histoire littéraire.
Des penseurs et écrivains tels qu’Ésope, Apulée, Saint Augustin, Ibn Khaldoun ou Jean-Joseph Rabearivelo sont ainsi convoqués comme jalons d’une tradition intellectuelle plurimillénaire, bien antérieure à la parenthèse coloniale que l’histoire officielle a trop souvent érigée en point de départ.
Les analyses des chercheurs porteront également sur les grandes figures de la modernité littéraire africaine : Thomas Mofolo, W.E.B. Du Bois, Ngũgĩ wa Thiong’o, Valentin Yves Mudimbe, Chinua Achebe, Wole Soyinka, Mariama Bâ ou encore Naguib Mahfouz seront au centre d’une cartographie critique des continuités, des influences croisées et des dialogues qui irriguent les littératures du continent et de ses diasporas à travers le temps.
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