
C’est dans l’enceinte feutrée de l’immeuble Arombo de Libreville que s’est jouée, ce samedi, une séquence charnière pour la médecine gabonaise. Réunis en assemblée élective, les praticiens du pays ont porté à la tête du Conseil national de l’Ordre des médecins (CNOM) le Dr Maël Ndao Eteno, neurologue chevronné du Centre hospitalier universitaire de Libreville (CHUL). Sur un corps électoral de 791 inscrits, 305 médecins ont exercé leur droit de vote — un taux de participation qui, loin d’entamer la légitimité du scrutin, reflète la vivacité d’un débat interne plus passionné que jamais.
Rarement une élection ordinale n’avait suscité pareille effervescence au sein de la corporation. Une mobilisation inédite qui témoigne d’aspirations profondes au changement, dans un secteur sanitaire gabonais en quête de souffle nouveau. Le nouveau bureau, colonne vertébrale de cette mandature, se déploie comme suit : Vice-président : Dr Lionel Ambassadeur Ndong Abiaghe; Secrétaire général : Dr Audin Serge Mavoungou; Secrétaire général adjoint : Dr Kevin-Dan Rossatanga Indjele; Trésorière générale : Dr Marina-Doria Mangombi Mapaga et résorière générale adjointe : Dr Mariam Matsanga Amoussa Busughu. Une équipe plurielle, à l’image des défis multidimensionnels qui attendent l’institution.
Avant de passer le flambeau, le Dr Emmanuel Ondangada, président sortant, a dressé avec une fierté mesurée le bilan d’un règne qui aura profondément reconfiguré l’Ordre. « J’ai pris cet ordre en 2001 et j’ai hérité d’un carton de dossiers. Aujourd’hui, je laisse une adresse physique, une administration qui fonctionne. Je pense que pour ma part, quand j’ai été élu, j’ai largement dépassé les objectifs qui m’avaient été assignés », a-t-il déclaré avec la sérénité de celui qui solde une mission accomplie.
Du chaos administratif d’antan à une institution dotée d’une assise institutionnelle tangible : en plus de deux décennies à la barre, Ondangada aura métamorphosé une structure embryonnaire en un organe de régulation crédible. Un legs considérable, dont son successeur devra s’emparer pour aller plus loin.
Ndao Eteno face au chantier réglementaire
Dès sa prise de fonction, le nouveau président a ciblé avec une précision chirurgicale le nœud gordien de l’institution : l’obsolescence criante des textes régissant la profession. « Le remous essentiel était dû à l’obsolescence des textes. Nous allons refonder le cadre légal dans l’immédiat », a-t-il martelé, sans détour ni faux-semblant.
Une déclaration d’intention qui sonne comme une promesse de rupture. Car si la médecine gabonaise a progressé en compétences et en effectifs, son architecture normative accuse un retard préoccupant, inadaptée aux mutations profondes d’un système de santé en pleine recomposition. Modernisation des procédures, révision des textes fondateurs, refonte de la gouvernance ordinale : le neurologue devenu stratège a du pain sur la planche.
Les attentes d’une profession en mutation
Au-delà des ambitions affichées, c’est toute une profession qui regarde cette nouvelle équipe avec des yeux exigeants. Régulation de l’exercice médical, lutte contre l’exercice illégal, amélioration des conditions de pratique, adaptation du cadre déontologique aux réalités du numérique en santé — autant de chantiers urgents qui dessinent les contours d’un mandat sous haute surveillance.
Le CNOM entre dans une ère nouvelle. Maël Ndao Eteno, lui, entre dans l’histoire.
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