
La menace plane désormais sur le quartier de l’ancien dispensaire d’Okala. Ce jeudi 28 mai 2026, des agents de l’Agence Nationale de l’Urbanisme, des Travaux Topographiques et du Cadastre (ANUTTC), flanqués de plusieurs hommes en treillis, ont investi le carrefour de l’ancien dispensaire pour entamer une opération de marquage des bâtiments susceptibles d’être rasés ou amputés dans le cadre de la deuxième phase du prolongement de la voie de contournement de Libreville.
Pharmacies, commerces et habitations : nul n’est épargné par ce recensement préliminaire qui sonne comme un avertissement solennel pour les riverains. La deuxième phase du chantier, dont le coup d’envoi opérationnel est désormais imminent, ambitionne de fluidifier la circulation dans la zone nord de la capitale, régulièrement paralysée par des embouteillages monstres qui exaspèrent quotidiennement des milliers d’usagers.
Le dispositif se déploiera en trois temps distincts, comme l’a rapporté un habitant du quartier, visiblement informé des rouages de la procédure : « Ils sont venus nous faire savoir qu’ils sont des agents de terrain. À leur niveau, ils procèdent uniquement au marquage des limites potentielles. Une seconde équipe viendra présenter aux propriétaires de logements et de commerces le tracé définitif des voies. Enfin, une dernière équipe aura pour mission de statuer sur les modalités d’éventuelles indemnisations et de relogement. »
Une approche progressive qui, si elle se veut rassurante dans la forme, n’en dissimule pas moins une réalité implacable : des familles et des entrepreneurs pourraient prochainement se voir contraints de quitter les lieux.
Un projet salué mais vivement contesté dans sa conception ?
Si l’utilité du projet ne fait guère débat — la saturation chronique des axes nord de Libreville étant unanimement reconnue —, sa conception technique suscite, en revanche, un scepticisme grandissant parmi les populations et les observateurs avisés.

Plusieurs voix s’élèvent pour dénoncer la démesure des ronds-points, dont l’emprise au sol colossale génère paradoxalement les goulots d’étranglement qu’ils sont censés résorber. Plus incisifs encore, d’autres détracteurs pointent l’absence criante de sens interdits, ce dispositif de circulation en anneau qui fluidifie les carrefours en supprimant les croisements directs.
À ce titre, l’exemple sud-africain est régulièrement cité en modèle : en lieu et place de ronds-points figés et surdimensionnés, les sens interdits à circulation prioritaire y ont démontré leur efficacité redoutable pour absorber des flux denses sans générer d’engorgements.
La conclusion s’impose avec une logique implacable : multiplier les voies ne suffira pas tant que la philosophie même de la gestion des carrefours ne sera pas fondamentalement repensée. Faute d’une telle révolution méthodologique, Libreville risque fort de continuer à suffoquer sous ses propres bouchons, quand bien même le bitume s’étirerait à l’infini.
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