
Elle s’était murée dans un silence pesant, presque assourdissant. Mais ce silence a volé en éclats, samedi 23 mai, lorsque la famille de l’ancien Premier ministre Alain Claude Billie By Nze a décidé de sortir de sa réserve pour porter, avec une détermination sans faille, le cri d’une famille à bout. C’est Simon Nkala, frère aîné et porte-parole fraîchement désigné du clan, qui s’est chargé de lire une déclaration aussi sobre que percutante : la famille exige la libération immédiate de leur parent.
Jusqu’alors, le front de la contestation était tenu par une coalition disparate d’avocats combatifs, de formations politiques solidaires et d’une diaspora mobilisée aux quatre coins du monde. Ces voix, aussi légitimes que déterminées, dénonçaient avec constance l’arrestation, le mandat de dépôt et surtout le maintien en détention d’un homme poursuivi pour des faits qui remonteraient à dix-huit ans. Autant dire une éternité judiciaire.
Désormais, c’est le cercle le plus intime — la chair, le sang, la famille — qui monte en première ligne. Le président du parti Ensemble pour le Gabon (EPG) a désormais derrière lui une forteresse familiale décidée à en découdre avec une justice qu’elle accuse de vaciller dangereusement.« Nous demandons la libération de notre parent, ne serait-ce qu’à titre provisoire, afin qu’il puisse organiser librement sa défense, d’autant qu’il présente toutes les garanties de représentation. »— Simon Nkala, porte-parole de la famille.
Des charges sans fondement, un dossier mal orienté?
Après avoir décortiqué méticuleusement le dossier sous toutes ses coutures, la famille tranche avec une conviction absolue : les charges retenues contre Billie By Nze ne reposent sur aucun fondement solide. Pire, elle fustige la célérité suspecte avec laquelle ce dossier vieux de près de deux décennies a soudainement été instruit, comme si l’urgence était dictée par autre chose que la seule quête de vérité.
Pour les proches de l’ancien chef du gouvernement, l’équation est simple et implacable : une affaire aussi ancienne relève du registre civil, et non du champ pénal. Un glissement de qualification qui, à leurs yeux, trahit une volonté de nuire bien davantage qu’un souci de justice.
Le spectre amer du 30 août?
La déclaration de la famille va cependant bien au-delà du seul sort de Billie By Nze. Elle se fait l’écho douloureux d’une désillusion qui semble désormais collective, celle d’un peuple qui avait placé ses espoirs dans le coup d’État du 30 août 2023 comme on place une bougie dans l’obscurité. « Le 30 août 2023, beaucoup de Gabonaises et de Gabonais ont espéré qu’une page nouvelle s’ouvrait enfin pour notre pays. Beaucoup ont cru que plus jamais un citoyen ne devrait vivre la peur, les humiliations, les arrestations arbitraires, les injustices ou les abus que notre peuple a trop longtemps subis», a déploré le porte-parole.
L’affaire Billie By Nze s’impose désormais comme l’une des affaires judiciaires les plus clivantes du Gabon à l’ère du changement tant promis. Elle cristallise, en un seul dossier, toutes les interrogations sur l’indépendance réelle de la justice, sur la sincérité d’un État de droit et sur la capacité des nouvelles autorités à tourner définitivement la page des pratiques de l’ancien régime.
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