
Interpellations, saisies spectaculaires, démantèlements de réseaux, incarcérations en série… La cadence est infernale. Pourtant, le fléau de la drogue continue de gangréner la société gabonaise de l’intérieur, dévorant une jeunesse entière. Face à cette hémorragie silencieuse, une question s’impose avec une acuité brûlante : ne faudrait-il pas frapper à la source plutôt que de courir après les symptômes ?
Il ne se passe plus une semaine, un mois, un trimestre sans que les colonnes des faits divers ne soient saturées d’opérations coup de poing. Tantôt ce sont les agents de la Direction des services spéciaux et de la Direction générale de la recherche (DGSS) qui opèrent, tantôt ceux de l’Office central antidrogue (OCAD) qui livrent bataille, pied à pied, contre des réseaux tentaculaires solidement implantés au Gabon et, plus particulièrement, dans les artères de Libreville. Mais pour nombre d’observateurs avertis, cette guerre d’usure ressemble à celle que l’on mènerait contre un cancer en se contentant de traiter les métastases : efficace à court terme, insuffisante sur le fond.
La réalité est cruelle. La lutte contre les drogues dures — cocaïne, tramadol détourné, chanvre indien et autres substances de synthèse — figure désormais parmi les priorités absolues du gouvernement du Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema et c’est à féliciter. Et pour cause : c’est toute une génération qui vacille.
Les images qui circulent en boucle sur les réseaux sociaux sont, à elles seules, un réquisitoire implacable : des jeunes, hagards, hébétés, littéralement consumés par les stupéfiants, somnambulant en plein jour dans les rues de la capitale. Ces scènes, d’une violence sociale saisissante, illustrent avec une brutalité désarmante l’ampleur d’un désastre humain qui se joue en silence, loin des tribunes officielles.

En l’absence d’études épidémiologiques sérieuses permettant de quantifier précisément le nombre de dépendants, le spectre des décès évitables et la cohorte des malades chroniques restent largement dans l’ombre. Un vide statistique qui, en lui-même, traduit l’urgence d’une prise en charge globale et structurée du phénomène.
Des saisies importantes, mais une hydre qui se régénère?
Pas plus tard que la semaine écoulée, les éléments de l’OCAD ont porté un coup significatif à un réseau structuré de trafic de produits pharmaceutiques détournés, démantelé au quartier Cocotiers, dans le 2ᵉ arrondissement de Libreville. Une opération salutaire, applaudie. Mais qui ne saurait, à elle seule, enrayer une machine bien huilée, prompte à se reconstituer dès que la pression des forces de l’ordre se relâche.
Car le paradoxe est là, têtu et récurrent : plus les arrestations se multiplient, plus les réseaux semblent proliférer. Comme une hydre à plusieurs têtes, le trafic repousse là où on le frappe, se déplace, se restructure, s’adapte. La question de l’efficacité du dispositif actuel mérite donc d’être posée sans complaisance.
Tarir la source : le plaidoyer des parents exaspérés
C’est précisément là qu’intervient le plaidoyer de nombreux parents, éducateurs et acteurs de la société civile, las d’assister, impuissants, au naufrage de leurs enfants. Leur conviction est ferme : il est impératif de renforcer drastiquement le contrôle aux frontières — maritimes, terrestres et aéroportuaires. L’argument est imparable : l’écrasante majorité des stupéfiants consommés et revendus sur le sol gabonais ne sont pas produits localement. Ils transitent, ils s’infiltrent, ils entrent par des brèches que le dispositif sécuritaire actuel peine manifestement à colmater.

Bloquer les flux en amont plutôt que de pourchasser les dealers en aval : telle est la philosophie du « couper l’arbre à la racine » que ces voix réclament avec insistance. Mieux encore, une coopération renforcée avec les pays d’origine et de transit des substances illicites — dans le cadre d’accords bilatéraux ou sous-régionaux — pourrait considérablement assécher les filières d’approvisionnement avant même qu’elles n’atteignent le territoire national.
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