
La coupe est pleine. Face à la vague de violences xénophobes qui déferle sur l’Afrique du Sud depuis fin mars 2026, le Nigeria a décidé de hausser le ton et de passer à l’offensive diplomatique. Des parlementaires nigérians se rendront prochainement à Pretoria pour enquêter sur les attaques répétées visant leurs compatriotes. Une mission dont l’enjeu dépasse largement le cadre bilatéral : c’est l’idéal de fraternité panafricaine lui-même qui vacille sur ses fondations.
Face à l’ampleur de la crise, le Nigeria a dégainé l’arsenal diplomatique. Le haut-commissaire par intérim de l’Afrique du Sud a été reçu au ministère nigérian des Affaires étrangères pour répondre des mauvais traitements infligés à des citoyens nigérians et des attaques contre leurs commerces.
Le Sénat nigérian a franchi un cap supplémentaire en annonçant la constitution d’une commission ad hoc mixte, composée de sénateurs et de membres de l’Assemblée nationale, chargée d’établir les faits sur le terrain. La Chambre des représentants a voté une résolution demandant des actions contre les autorités sud-africaines ainsi que contre certaines entreprises sud-africaines implantées au Nigeria, dont le géant des télécommunications MTN et le fournisseur audiovisuel DStv.
Une motion radicale finalement recalée pour des motifs de procédure, mais qui témoigne de la fièvre qui gagne les rangs législatifs d’Abuja.
Un bilan humain et matériel accablant
Depuis le 30 mars 2026, des ressortissants nigérians sont agressés, hospitalisés et dépossédés de leurs biens dans la province du Cap-Oriental. Des groupes sud-africains ont attaqué commerces, véhicules et entrepôts appartenant à des membres de la communauté igbo dans les quartiers d’Albany et de Buffalo, à KuGompo, avant que les violences ne s’étendent au KwaZulu-Natal.
Le bilan humain est lourd. Deux Nigérians ont perdu la vie : Ekpenyong Andrew, dont le corps a été retrouvé dans le quartier de Booysens à Pretoria après son arrestation, et Amamiro Emmanuel, décédé des suites de blessures infligées lors d’une attaque. Au moins 130 ressortissants nigérians ont demandé leur rapatriement, un chiffre appelé à croître selon la ministre des Affaires étrangères, Bianca Odumegwu-Ojukwu
Les racines profondes d’un mal chronique
Cette crise n’est pas une anomalie — c’est un symptôme. L’Afrique du Sud compte environ 2,4 millions de migrants, soit près de 4 % de sa population, dans un pays qui affiche un taux de chômage oscillant entre 32 et 35 %. Une équation explosive, régulièrement instrumentalisée par des groupes populistes. Parmi eux, le mouvement « Opération Dudula » — terme zoulou signifiant « expulser » — a été épinglé par les tribunaux pour avoir empêché des ressortissants étrangers d’accéder à des services de santé ou à des écoles.