
Face à l’embrasement qui ravage le Golfe Persique et paralyse l’une des artères vitales du commerce mondial, le Président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, a rompu le silence institutionnel par une déclaration d’une gravité certaine dans un communiqué daté du 05 mai dernier. Derrière la langue diplomatique, c’est un cri d’alarme que prétend lancer le continent africain. Mais pour des millions d’Africains, la question demeure entière : qui, aujourd’hui, croit ou qui écoute encore à cette institution ?
Depuis le 28 février 2026, la fermeture de facto du détroit d’Ormuz — déclenchée en représailles aux frappes conjointes américano-israéliennes contre l’Iran — a provoqué une onde de choc d’une amplitude jamais enregistrée dans l’histoire du marché pétrolier mondial. Les Émirats arabes unis ont intercepté pas moins de douze missiles balistiques, trois missiles de croisière et quatre drones lancés depuis le territoire iranien. Les prix du brut ont été propulsés au-delà de 125 dollars le baril — un niveau inédit depuis quatre ans.
Pour l’Afrique, la facture est dévastatrice. Quelque 80 % du pétrole brut importé par le continent provient du Golfe. Entre fin février et fin mars 2026, le prix de l’essence a bondi de 14,3 % en Égypte et de 39,1 % au Zimbabwe. La crise dépasse le seul enjeu énergétique : selon le PAM, 45 millions de personnes supplémentaires sont désormais exposées à une insécurité alimentaire aiguë, avec des répercussions en cascade sur des zones déjà ravagées par la famine, du Sahel à la Somalie.
Une institution à bout de crédit
L’UA réclame la désescalade, le respect du droit international, la primauté du dialogue. Des mots justes — mais qui sonnent creux aux oreilles d’un peuple qui a perdu foi en son institution phare. Depuis des années, l’Union africaine est perçue par une frange croissante de l’opinion continentale non comme le bouclier des peuples, mais comme la chambre d’écho des puissances étrangères. Ses silences assourdissants face aux ingérences néocoloniales, ses tergiversations lors des crises politiques en Guinée, au Mali, au Burkina Faso ou au Niger, et son incapacité chronique à imposer ses résolutions ont profondément érodé sa légitimité populaire.
Pour beaucoup d’Africains, l’institution basée à Addis-Abeba apparaît davantage soucieuse de ménager les grandes puissances occidentales que de défendre les intérêts vitaux du continent. Une organisation qui s’émeut du blocage d’Ormuz, mais qui reste muette lorsque des groupes armés soutenus par des mains obscures dictent la politique sécuritaire de ses États membres, peine à convaincre de sa sincérité. La déclaration de Mahmoud Ali Youssouf, aussi solennelle soit-elle, ne suffira pas à dissiper ce soupçon fondamental.