
Le dossier des élections au sein du Conseil National de l’Ordre des Médecins du Gabon (CNOM) vient de connaître un coup de théâtre institutionnel. Dans un communiqué officiel daté du 4 mai 2026, portant le N°001241/MS/CAB-M, la ministre de la Santé, le Professeur Elsa Nkana Joséphine Ayé Bivigou, est montée au front pour stopper net un processus électoral qui partait, semble-t-il à la dérive. Report du scrutin, retrait des critères d’éligibilité litigieux, suspension de la campagne — le signal est sans équivoque : l’État reprend la main.
Pour comprendre l’ampleur de l’intervention ministérielle, il faut remonter à l’origine de la crise. C’est dans un contexte qualifié d’«exceptionnel et particulier» que s’était tenue, le 31 janvier 2026, l’assemblée générale du CNOM à l’immeuble Arambo de Libreville — la première du genre depuis la fin de la transition politique. À cette occasion, le bureau sortant, dont la longévité record dépasse les 20 ans à la tête de l’institution, avait annoncé le lancement du processus de renouvellement. Un appel à candidatures avait été lancé. L’élection était fixée au 9 mai 2026.Mais entre les résolutions de janvier et la réalité du terrain, le fossé s’est rapidement creusé.
Des critères qui ont mis le feu aux poudres
Tout a basculé avec la publication du communiqué N°0068/2026/CNOM, daté du 15 avril 2026. Pour briguer la présidence ou la vice-présidence, les candidats devaient être de nationalité gabonaise, avoir au moins 45 ans révolus et être inscrits au tableau de l’Ordre depuis plus de 15 ans. Pour les autres postes, l’âge minimum requis était de 40 ans, avec au moins 5 ans d’ancienneté.
Ces exigences ont immédiatement déclenché une vague d’indignation dans les rangs des praticiens. Pour de nombreux médecins, ces critères seraient une stratégie délibérée pour écarter une nouvelle génération, pourtant majoritaire sur le terrain. Un verrouillage générationnel — c’est le terme qui circulait dans les couloirs des structures sanitaires du pays.
Le Ministère sort de sa réserve
Face à cette contestation qui menaçait d’embraser la corporation médicale, la tutelle n’avait plus le choix. Suite à une rencontre tenue le jeudi 30 avril 2026 avec le Bureau chargé de l’organisation des élections, le Ministère de la Santé a tranché avec autorité. Les mesures arrêtées sont sans appel : Retrait pur et simple des critères d’âge et d’ancienneté contestés; Suspension immédiate de la campagne électorale; Report du processus électoral.
À cela s’ajoute la mise en place d’un comité électoral placé sous l’observation directe du Secrétaire général du Ministère et le maintien en fonction de l’actuel Bureau chargé de l’organisation jusqu’à nouvel ordre. Un recadrage en règle qui dit tout sur la gravité de la situation.