
Dans un recours formel adressé au Président de la Commission des Élections Professionnelles en date du 29 avril 2026, Richard Ndi Bekoung, Président du Syndicat des Professionnels de la Sécurité Sociale (Sypross) et Secrétaire Permanent de la Fédération des Syndicats des Travailleurs des Pays Affiliés à la Cipres (Festac), tire à boulets rouges sur l’organisation des élections professionnelles tenues à la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS) le 28 avril 2026. Un scrutin entaché, selon lui, de violations flagrantes qui en compromettent irrémédiablement la légitimité.
Si certaines administrations gabonaises ont vu se dérouler des élections professionnelles dans un climat apaisé et transparent, la CNSS, elle, fait figure de contre-exemple retentissant. À peine vingt-quatre heures après la clôture des urnes, les langues se délient et les griefs s’accumulent. Le Sypross n’a pas tardé à monter au créneau, brandissant un recours en annulation étayé de nombreux manquements aussi bien dans la préparation que dans le déroulement même du vote.
Des syndicats sans reconnaissance légale dans la course?
Premier grief, et non des moindres : la Direction du Capital Humain de la CNSS aurait cautionné la participation de syndicats dépourvus de récépissé de reconnaissance officielle, en violation manifeste des arrêtés ministériels encadrant ces élections professionnelles — notamment l’arrêté n°000147 du Ministre du Travail. Selon les textes en vigueur, seules les organisations syndicales légalement constituées sont habilitées à présenter des listes de candidats.
« La Direction du Capital Humain a permis à des syndicats ne répondant pas aux critères légaux de participer au scrutin, en contradiction directe avec les textes réglementaires et avec l’objectif gouvernemental de conformité juridique des organisations syndicales », dénonce Richard Ndi Bekoung. Une entorse au principe fondamental d’égalité entre organisations syndicales, qui fausse d’emblée la représentativité des travailleurs.
Une préparation bâclée, des électeurs laissés dans l’ignorance
Les irrégularités ne s’arrêtent pas là. Sur le plan organisationnel, le Sypross pointe une double défaillance, difficilement contestable : ni les listes de candidats, ni la liste électorale n’ont été affichées préalablement au scrutin, comme l’exige pourtant l’article 15 de l’arrêté n°000147. Ces affichages, loin d’être de simples formalités, constituent des garanties essentielles de transparence, permettant aux travailleurs de connaître les candidats en lice et de vérifier leur propre inscription sur les registres électoraux
« Les travailleurs ont été privés de leur droit à une information complète et préalable. Comment peut-on parler d’élection démocratique lorsque les électeurs ignorent jusqu’aux noms de ceux qui briguent leur suffrage ? », s’indigne le syndicaliste.
Un mode de scrutin illégalement modifié?
Au cœur du réquisitoire du Sypross figure une violation particulièrement grave : le remplacement du scrutin de listes — pourtant expressément imposé par l’arrêté n°000147 — par un scrutin uninominal. Ce changement unilatéral de mode de scrutin a permis à un même syndicat de présenter plusieurs bulletins distincts pour un seul et même collège, bouleversant ainsi l’équilibre du vote et tordant le cou aux règles électorales en vigueur.
À cela s’ajoute l’absence d’authentification des bulletins de vote par l’ensemble des membres des bureaux de vote dans plusieurs sites, ouvrant la voie à des contestations légitimes quant à la validité même des suffrages exprimés.
Franceville : des bulletins absents à l’ouverture des urnes
Parmi les incidents les plus saillants relevés par le Sypross, celui survenu à l’Agence CNSS de Franceville retient particulièrement l’attention. À l’ouverture du scrutin, les bulletins du candidat de la liste Sypross étaient tout simplement introuvables. Ils n’ont été acheminés que plusieurs heures après le début du vote, instaurant une rupture d’égalité flagrante entre candidats et portant atteinte à l’intégrité du processus.
Par ailleurs, certains bureaux de vote n’ont ouvert leurs portes qu’à partir de 17h30, soit après la fin de la journée de travail, au moment où la grande majorité des agents avaient déjà regagné leurs domiciles. « Des travailleurs, pourtant désireux de voter, ont été contraints de renoncer à leur droit de vote faute d’avoir pu accéder aux bureaux à temps », souligne Richard Ndi Bekoung.
L’ensemble de ces dérives a eu des conséquences directes et mesurables sur la mobilisation des travailleurs. Le taux de participation au scrutin du 28 avril à la CNSS serait resté inférieur à 15 %, témoignant d’une désaffection massive d’un corps électoral visiblement peu convaincu par les conditions d’organisation du vote.
Face à ce tableau accablant, le Sypross réclame sans ambiguïté l’annulation pure et simple du scrutin et l’organisation d’un nouveau vote, cette fois conforme à la réglementation en vigueur : respect du scrutin de listes, affichage préalable des listes de candidats et d’électeurs, participation exclusive des syndicats légalement reconnus, neutralité absolue de l’employeur et égalité stricte entre tous les candidats.
La balle est désormais dans le camp de la Commission des Élections Professionnelles, qui devra se prononcer sur ce recours aux implications potentiellement majeures pour le climat social au sein de l’une des institutions les plus stratégiques du pays. Une chose est certaine : le Sypross entend bien ne pas laisser le dossier s’enliser dans les méandres administratifs.