
En ce dimanche 12 avril 2026, tandis que le pays résonnait des échos de la ferveur politique entourant la commémoration de l’élection présidentielle de Brice Clotaire Oligui Nguema, Président de la République et chef de l’État, une autre mémoire, tout aussi impérieuse, s’imposait en filigrane. Celle d’André Mba Obame — AMO pour ses fidèles —, figure tutélaire de l’opposition gabonaise, ancien ministre de l’Intérieur sous Omar Bongo et redoutable challenger à la présidentielle de 2009, emporté par la maladie avant que l’histoire ne lui rende pleinement justice.
C’est depuis les routes sinueuses menant à Médouneu que Jean Gaspard Ntountoume Ayi, député de la commune d’Akanda et membre de l’Union Nationale (UN), a choisi de s’arrêter — intérieurement du moins — pour rendre un hommage vibrant et personnel à celui qu’il considère comme l’un des architectes spirituels et politiques du mouvement. Un recueillement en mouvement, entre deux escales, mais d’une densité rare.
De Barcelone à la Cathédrale Sainte-Marie : l’odyssée d’un combattant
Profitant de la longueur du trajet, l’élu a confié s’être plongé dans la relecture intégrale des discours d’AMO — de l’appel de Barcelone, ce cri fondateur lancé depuis l’exil, jusqu’au dernier allocution prononcée le 15 juin 2013 à la Cathédrale Sainte-Marie, lors du cinquième anniversaire de l’Union Nationale. Un corpus oratoire qui constitue, à bien des égards, le testament politique d’un homme qui refusait de capituler.
Car André Mba Obame n’était pas seulement un homme de pouvoir reconverti en opposant. Il était, avant tout, un tribun dont la verbe tranchait net, un stratège dont la lucidité dérangeait, et un résistant dont la détermination forçait l’admiration — même chez ses adversaires.
La Confiance, la Loyauté, le Courage : un triptyque fondateur
La Confiance — non pas comme posture naïve, mais comme socle d’un engagement réciproque. « Cet autre à qui nous confions notre espérance, donc notre vie« , martelait-il, avec cette conviction chevillée au corps que l’union ne peut naître que de la foi mutuelle.
La Loyauté — synonyme de droiture absolue, d’honnêteté irréductible. Une exigence qu’il adressait autant à ses compagnons de lutte qu’à lui-même, en un temps où la défection et le retournement de veste constituaient la règle dans les arcanes du pouvoir gabonais.
Le Courage — enfin et surtout, ce courage singulier « d’être seul face à tous au nom de la vérité », de tenir debout non pour soi, mais « au nom du Gabon et de son peuple« . Une formule qui résonne aujourd’hui comme une prophétie, tant la trajectoire d’AMO aura effectivement été celle d’un homme seul contre les puissants.
Un idéal intact, une exigence non négociable
« J’ai un idéal, la démocratie dans un Gabon pour tous. Une exigence, la justice dans un État de droit. Et rien de cela n’est négociable. Rien. » Ces mots conclusifs, prononcés dans la solennité d’un lieu de culte transformé en agora citoyenne, demeurent l’une des formules les plus percutantes qu’ait jamais livrées un opposant gabonais. Ils résument à eux seuls ce que fut AMO : un homme dont les convictions ne se monnayaient pas, dont l’engagement ne souffrait aucun compromis.
En choisissant ce 12 avril pour raviver cette flamme mémorielle, Jean Gaspard Ntountoume Ayi adresse un message à double tranchant : rappeler que l’Union Nationale ne s’est pas construite sur le vide, mais sur le sacrifice et la vision de géants — et que leur héritage, loin d’être figé dans le marbre, demeure une boussole pour les temps présents.
André Mba Obame a quitté la scène trop tôt. Mais ses mots, eux, n’ont pas fini de résonner.