
Au-delà du fléau du chômage juvénile qui gangrène les sociétés africaines, un autre mal ravage silencieusement les économies du continent : la pénurie électrique. Véritable épine dorsale du développement, l’accès à une énergie fiable et abondante conditionne pourtant l’essor industriel, la compétitivité des entreprises et la dignité des ménages. Or, pour des millions d’Africains, l’électricité demeure une promesse vacillante, aussi intermittente qu’incertaine.
Nul développement durable, nulle croissance économique pérenne ne saurait se concevoir en l’absence d’une politique énergétique ambitieuse et cohérente. C’est là une vérité que les nations industrialisées ont forgée dans leur histoire, et que l’Afrique se doit de s’approprier urgemment. Pourtant, plusieurs États du continent peinent dramatiquement à asseoir une stabilité dans ce domaine stratégique, réduisant à néant les efforts d’attractivité et d’investissement consentis par ailleurs.
Sans souveraineté énergétique, il n’est point de souveraineté économique. L’Afrique ne peut indéfiniment bâtir sur du sable électrique.
Les causes de cette déliquescence sont plurielles et s’enchevêtrent en un nœud gordien difficile à trancher. Loin d’être le fruit d’une seule défaillance technique, la crise énergétique africaine procède d’un échec systémique, nourri par des décennies de mauvaise gouvernance et d’impéritie gestionnaire.
Dilapidation des ressources : les recettes générées par les sociétés d’électricité nationales sont fréquemment détournées ou mal allouées, privant le secteur des fonds indispensables à sa régénération.
Désert d’investissement : l’absence chronique de capitaux publics comme privés condamne les infrastructures à l’obsolescence, faute de renouvellement ou d’extension.
Vétusté des installations : réseaux de distribution exsangues, centrales de production à bout de souffle, lignes à haute tension délabrées l’appareil productif affronte chaque jour une demande électrique en perpétuelle effervescence, sans disposer des moyens d’y répondre.
Démographie galopante : l’explosion urbaine exerce une pression colossale sur des systèmes conçus pour une population deux à trois fois inférieure à celle qui les sollicite aujourd’hui.
Des remèdes onéreux qui n’enrayent pas le mal
Face à l’urgence, plusieurs gouvernements ont recouru à des solutions palliatives, aussi coûteuses qu’éphémères. Le Burkina Faso, frappé de plein fouet par les coupures intempestives, s’est résolu à importer des kilowattheures depuis ses voisins une dépendance qui fragilise à la fois ses finances publiques et sa souveraineté énergétique. D’autres États ont fait appel à des centrales thermiques flottantes, ces imposantes structures amarrées dans les ports, capables de produire de l’électricité en urgence mais à un tarif prohibitif et sans jamais combler entièrement le déficit.
Ces expédients révèlent l’ampleur du gouffre : ils soulagent momentanément la douleur sans en extirper la racine. Ils grèvent en outre les budgets nationaux de charges récurrentes qui auraient pu financer, sur le long terme, une infrastructure digne de ce nom.
Des horizons prometteurs : l’impératif du tournant structurel
D’autres nations prospectent le gisement éolien, envisageant l’érection de parcs d’aérogénérateurs ces colonnes d’acier coiffées d’hélices tournoyantes tant sur le littoral qu’au cœur des étendues désertiques. L’exemple chinois est ici convoqué avec insistance : Pékin, en l’espace de deux décennies, a métamorphosé son paysage énergétique en combinant avec audace le nucléaire, le solaire, l’hydraulique et l’éolien offshore. Une orchestration planifiée, pilotée par une volonté étatique sans failles et des investissements massifs, qui a fait de la Chine le premier producteur mondial d’énergies renouvelables.

Peut-on transposer ce modèle sur le sol africain ? Les conditions géopolitiques, institutionnelles et financières diffèrent considérablement. Mais l’ambition, elle, n’a pas de frontière.
une gouvernance assainie, des partenariats internationaux équitables, une régulation sectorielle robuste
L’Afrique dispose d’un atout que les nations vieillissantes lui envient : une jeunesse pléthorique, un dynamisme entrepreneurial réel et des ressources naturelles d’une richesse insoupçonnée. Le continent, s’il parvient à métamorphoser son déficit énergétique en levier de transformation structurelle, pourrait écrire l’un des chapitres les plus saisissants du XXIe siècle.
Il y faudra la convergence de plusieurs impératifs : une gouvernance assainie, des partenariats internationaux équitables, une régulation sectorielle robuste et, surtout, la détermination inflexible de dirigeants conscients que l’électricité n’est pas un luxe c’est l’oxygène du développement.
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