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[Affaire Gabon Poste] vingt ans d’attente: À quand le bout du tunnel pour les ex-agents ?

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Le mardi 9 juin 2026, à Libreville, sous une assemblée générale empreinte de dignité et de retenue, les anciens agents de Gabon Poste ont, une fois de plus, interpellé les autorités compétentes sur le non-paiement de la transactionnelle promise dans le cadre du plan social adossé à la liquidation de leur entreprise. Vingt ans après les faits, ils exigent l’exécution intégrale des engagements contractés par l’État et réclament, avec une détermination intacte, une clarification définitive d’un dossier trop longtemps laissé en jachère.

Alors que les épargnants de La Poste SA nourrissent l’espoir d’une sortie de crise à la faveur de la phase de vérification lancée le 8 juin dernier, les anciens agents de Gabon Poste, eux, contemplent avec amertume un horizon qui s’obscurcit à mesure que les années s’accumulent. Leur situation, loin de se résoudre, semble inexorablement s’enliser dans les méandres d’une administration sourde à leurs appels. Deux décennies après la liquidation de leur entreprise, ils portent encore le fardeau d’engagements jamais honorés.

Des destins brisés, une douleur intarissable

« Des collègues enterrés sans dignité. Des familles disloquées. Des enfants abandonnés par l’État. » Ces mots, prononcés par Jacques Ikapi, porte-parole du collectif, ont traversé l’assistance rassemblée au parking du CK2 comme une lame. Derrière cette formule lapidaire, c’est tout un pan de tragédie humaine qui affleure — celui d’hommes et de femmes sacrifiés sur l’autel d’une restructuration jamais pleinement assumée. Pour le collectif, le combat engagé dès 2005 conserve toute son acuité.

Une liquidation, deux volets, une trahison?

Le 22 décembre 2005, le Conseil des ministres acte la liquidation amiable de Gabon Poste dans le cadre d’une vaste réorganisation du secteur postal national. Un plan social est alors conçu, articulé autour de deux composantes distinctes : les droits légaux et la transactionnelle. Si les premiers ont effectivement été versés — quoique leur modalité d’exécution demeure vivement contestée —, la seconde composante reste, selon le collectif, totalement impayée à ce jour. « Le plan social est composé des droits légaux et de la transactionnelle. Les droits légaux ont été payés, mais la transactionnelle demeure impayée jusqu’à ce jour », a martelé Jacques Ikapi, sans ambages.

Des irrégularités criantes dans la gestion du dossier

Au-delà du non-paiement, les anciens agents dénoncent des irrégularités troublantes dans la conduite administrative du dossier. Ils pointent notamment un écart significatif entre les effectifs réellement recensés et les paiements effectués. « Nous étions 797 employés au 31 janvier 2007. Ils ont payé les droits légaux pour 999 personnes. Donc plus de 202 personnes en trop », assène Jacques Ikapi. Ces anomalies soulèvent de sérieuses interrogations quant à la traçabilité des flux financiers liés au plan social. Le collectif stigmatise par ailleurs l’opacité des libellés de paiement. « Chaque versement est intitulé « plan social ». Même les émoluments et les perdiems passent sous ce label générique. On ne sait plus ce qui a réellement été décaissé », dénonce-t-il.

Un arsenal documentaire étayé

Pour asseoir la légitimité de leurs revendications, les ex-agents s’appuient sur un faisceau de pièces administratives probantes. L’arrêté n°044/06 du 11 avril 2006 encadre l’exécution du plan social et en confie la mise en œuvre au liquidateur désigné. Le collectif invoque également les conclusions du cabinet Decision Analysis Partners, mandaté par l’État dans le cadre de la restructuration, qui préconisait que le plan social de Gabon Poste s’alignât sur celui appliqué à Gabon Télécom, réputé plus abouti dans son exécution. Pièce maîtresse du dossier, une note de l’Agence nationale de vérification et d’audit de l’État (ANAVEA), datée du 17 juillet 2023, atteste formellement que la transactionnelle n’a « jamais été payée » — une conclusion qui confère à leurs griefs une portée institutionnelle incontestable.

Un silence stratégique, une relance méthodique

Second porte-parole du collectif, Bayonne Chérubin se fait le garant de la continuité des démarches engagées auprès des sphères administratives et politiques. « Pendant plusieurs mois, nous avons été silencieux, mais ce n’était pas un abandon. C’était du travail », explique-t-il avec sobriété. Selon lui, de nombreuses correspondances ont été acheminées vers la Présidence de la République, le gouvernement et les instances de contrôle, afin de maintenir le dossier dans le circuit institutionnel. « Nous avons transmis tous les documents nécessaires. Le dossier est suivi, relancé et documenté », assure-t-il avec fermeté. Cette démarche s’inscrit, selon lui, dans un processus de clarification institutionnelle toujours en cours.

Au sein du collectif, l’espoir continue néanmoins d’être nourri par les orientations sociales affichées par la transition. « Le président Oligui a fait du social son cheval de bataille », rappelle Bayonne Chérubin. « C’est pourquoi ce dossier revient aujourd’hui sur la table. » Ils souhaitent par ailleurs un débat contradictoire sur un média public à travers lequel il expliqueraient en direct au Président de la République la profondeur du dossier.

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