
Libreville, 20 mai 2026 — Ce qui devait n’être qu’une conférence de presse ordinaire s’est mué en révélateur d’une crise institutionnelle profonde. Mercredi matin, les employés de La Poste SA avaient prévu de prendre la parole publiquement pour dénoncer leurs conditions de travail dégradées et quatre mois consécutifs de salaires impayés. La séquence a rapidement tourné au chaos — un agent mordu par un chien, une direction suspendue qui défie ouvertement les injonctions ministérielles — et c’est finalement Germain Biahodjow, ministre de la Communication et des Médias, qui a haussé le ton avec une vigueur rarement observée. C’est du moins ce que l’on peut retirer du direct de nos confrères de Gabon Média Time.
Nul n’en ignore plus le délabrement. La Poste SA, jadis pilier stratégique des services publics gabonais, symbole d’un État providence en mesure d’assurer la cohésion territoriale, est aujourd’hui une institution exsangue, méconnaissable. Rémunérations versées au compte-gouttes, infrastructures vétustes, personnel démobilisé et humilié : le déclin est patent, systémique, et aucun des gouvernements successifs n’a jusqu’ici eu ni la volonté ni les leviers suffisants pour enrayer cette hémorragie institutionnelle.
Le ministre lui-même l’a reconnu sans détour : le mal est profond, enraciné dans des décennies de mauvaise gouvernance et de décisions erratiques qui ont progressivement vidé la boîte de sa substance.
Une direction suspendue qui s’obstine à gouverner?
Face à l’enlisement, Germain Biahodjow avait pris la décision de restreindre les prérogatives de l’équipe dirigeante actuelle à la seule expédition des affaires courantes, dans l’attente de l’installation d’une nouvelle gouvernance. Une mesure de bon sens administratif. Sauf que la direction suspendue, loin de se soumettre à cette mise sous tutelle, aurait continué d’exercer des actes engageant juridiquement et financièrement l’entreprise — affectations de personnel, engagements budgétaires, scellés de bureaux — au mépris flagrant des instructions ministérielles.
La réaction du ministre n’a pas tardé, et elle était cinglante :« Il se trouve que les directeurs généraux résistent et vont contre la loi. C’est pour cette raison que je regarde et je n’agis pas. Parce que lorsqu’on est une direction générale enlevée de manière officielle du gouvernement de la République qu’on appelle le Conseil des ministres, et que quelques individus utilisent d’autres relations pour résister, moi en tant que ministre, je les laisse faire. »
Un aveu d’impuissance calculée, ou une stratégie délibérée consistant à laisser ces responsables s’enferrer dans leur propre illégalité ? La formule, habile autant qu’ambiguë, laisse planer une menace sourde sur ceux qui s’obstinent à braver l’autorité de l’État.
Biahodjow a été plus explicite encore dans sa mise en garde : «Quand on est démis de ses fonctions en attendant l’installation de nouvelles personnalités, on assure les affaires courantes. On ne pose pas des actes qui engagent l’administration. Les actes financiers, les actes juridiques. On ne touche pas au personnel. Je suis étonné d’entendre qu’on affecte le personnel, qu’on engage les finances de la Poste, qu’on scelle les bureaux. À partir de là, je ne me mêle pas — j’attends que le chef de l’État me donne une instruction ferme. »
Les employés appelés au calme, dans l’attente d’une décision présidentielle
Aux agents de La Poste SA — épuisés, appauvris, désabusés — le ministre a une nouvelle fois demandé de patienter, invoquant l’intérêt personnel du chef de l’État pour ce dossier :« Cette situation est connue de la plus haute autorité de notre pays, qui a demandé qu’on examine ces dossiers avec intérêt, parce qu’on ne peut pas paralyser un outil aussi important que La Poste à cause de trois ou quatre individus. »
L’épisode paraîtrait dérisoire s’il ne renseignait pas, à sa manière, sur le degré de tension qui règne désormais à l’intérieur même de l’entreprise. Un agent de sécurité aurait délibérément lâché un chien sur un employé lors de la conférence de presse. Le ministre a invité la victime à porter plainte et à saisir la justice contre le responsable de cet acte.
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