
Le climat social vénézuélien atteint un point d’incandescence. Jeudi 9 avril, plusieurs milliers de fonctionnaires et d’agents publics ont investi les artères de Caracas pour exiger une revalorisation substantielle de leurs émoluments. La marche, qui convergeait vers le palais présidentiel de Miraflores, s’est heurtée à un dispositif antiémeute massif. Les forces de sécurité ont fait usage de gaz lacrymogènes pour contenir la progression du cortège.
Se nourrir, se soigner, se déplacer : le triptyque vital relève désormais de la gageure quotidienne. Le salaire minimum mensuel s’élève aujourd’hui à 0,27 dollar, dans un contexte d’hyperinflation chronique dont le taux annuel excède 600 %. Même adossées aux bonifications octroyées par l’État, les rémunérations plafonnent autour de 150 dollars, montant dérisoire au regard du coût du panier alimentaire familial de base, évalué à 645 dollars.
Mercredi 08 avril dernier, la présidente par intérim Delcy Rodríguez a annoncé une « augmentation responsable » des salaires au 1er mai, imputant l’érosion du pouvoir d’achat à une décennie d’inflation galopante et d’effondrement économique.
« Assez de subterfuges » : la défiance des syndicats
Pour les organisations syndicales et les travailleurs, cette promesse sonne comme une chimère de plus. « Ça suffit, les mensonges, les pseudo-augmentations. On veut nous faire avaler une hausse des primes comme une revalorisation salariale. C’est un leurre », s’indigne Mauricio Ramos, 71 ans, retraité.
Le jeudi 09 avril dernier, près de 2 000 manifestants ont répondu à l’appel à la mobilisation. « Allons jusqu’à Miraflores ! », « Ils redoutent que le peuple parvienne jusqu’à Miraflores ! », scandaient-ils face aux cordons de sécurité, dans un tête-à-tête tendu.
Gaz et boucliers au cœur de Caracas
Armés de boucliers de protection, les escadrons antiémeutes ont déclenché des salves de gaz lacrymogènes pour juguler l’avancée des protestataires, toujours massés dans le centre de la capitale, à quelques encablures seulement du siège présidentiel. Aucun bilan officiel des interpellations ou des blessés n’a été communiqué à l’heure actuelle.
Le Venezuela s’enlise depuis plusieurs années dans une déliquescence économique profonde. La situation s’est encore envenimée ces derniers mois, après l’interpellation de Nicolás Maduro par l’armée américaine, événement qui a accentué l’instabilité institutionnelle et la volatilité socio-économique du pays.
Pour l’heure, le bras de fer entre la rue et le pouvoir exécutif ne montre aucun signe d’apaisement. Les syndicats exigent des mesures immédiates et tangibles. L’exécutif, lui, plaide pour une « revalorisation graduelle et soutenable ». Entre ces deux positions, le fossé se creuse, à l’image d’une société vénézuélienne exsangue.
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