
Le Gabon s’apprête à organiser, dans les tout prochains jours, ses toutes premières élections professionnelles. Un événement inédit, chargé d’enjeux, qui appelle des éclairages de la part des syndicats et confédérations appelés à y prendre part. Pour en savoir davantage, notre rédaction a tendu le micro à Roger Ondo Abessolo, Président intérimaire de Dynamique Unitaire (DU), le mercredi 8 avril dernier. Lecture !
La Médiane : Le Gabon s’apprête à organiser, pour la toute première fois de son histoire, des élections professionnelles. Quelle lecture faites-vous de cette décision ?
Roger Ondo : Je tiens, avant tout, à remercier votre rédaction pour l’opportunité qu’elle nous offre de nous exprimer sur ce scrutin inédit qui se profile à l’horizon.
Le gouvernement entend donc organiser des élections professionnelles — une première dans notre pays. Je veux rappeler avec force que cette initiative est saluée par l’ensemble de la classe syndicale gabonaise, car elle permettra de jauger avec précision le degré de légitimité de chaque organisation de travailleurs et d’employeurs. À partir de ce moment-là, il ne sera plus possible pour le gouvernement de choisir arbitrairement, parmi ses obligés syndicaux, ceux avec lesquels il entend dialoguer sur les préoccupations du monde du travail.
Les élections professionnelles constituent une occasion historique pour les travailleurs de désigner librement les organisations véritablement dignes de porter leurs aspirations.Je peux donc affirmer, sans ambages, que la décision en elle-même d’organiser ce scrutin est fondée. La question cruciale qui demeure est celle-ci : de quelle manière le gouvernement compte-t-il concrètement y parvenir ?
La Médiane : Certaines formations syndicales y voient plutôt une tentative déguisée de mise sous tutelle du mouvement syndical. Partagez-vous cette analyse ?
Roger Ondo : Le phénomène des syndicats jaunes — ces structures inféodées au pouvoir — a de tout temps existé dans notre paysage social. Je ne crois pas un seul instant que les élections professionnelles puissent y changer quoi que ce soit. Si tel était le cas, ceux qui étaient sous contrôle hier et aujourd’hui le demeureront demain. Je suis plutôt convaincu que le gouvernement, viscéralement attaché à l’idée d’une trêve sociale, espère l’obtenir par le truchement de ce scrutin.
Or, établir la représentativité syndicale ne condamne nullement au silence les organisations n’ayant pas atteint le seuil requis. C’est précisément pour cette raison que nous exhortons les autorités à mesurer pleinement les risques d’élections professionnelles mal préparées et mal maîtrisées. Nous comprenons que chaque ministre veuille inscrire une action marquante dans ses cent premiers jours — mais faisons les choses bien, avec rigueur et méthode.
La Médiane : Dynamique Unitaire a souvent été perçue comme une centrale syndicale aux accents d’opposition. Que répondez-vous à cette image ?
DU aux allures de l’opposition ? Je ne sais plus vraiment si cette étiquette est encore d’actualité. Ce que je sais en revanche, c’est que notre combat a débuté avec Dynamique Unitaire en 2015, sous vos yeux. Cette lutte noble — la défense des droits des travailleurs et des retraités — ne pouvait être portée que par des esprits éclairés, désintéressés et résolument courageux, sous l’ère dictatoriale d’Ali Bongo. Il était donc facile, pour certains syndicalistes aux agendas inavoués, habitués aux compromissions et aux petits arrangements, de nous accoler l’image d’opposants.
Nous resterons toujours opposés à tout agissement allant à l’encontre des droits des travailleurs. Bravoure, dignité, respect : telle est notre devise, et nous en sommes fiers.
La Médiane : En quelques mots, qu’attend Dynamique Unitaire au sortir de ces élections ? Et êtes-vous certains d’être à la hauteur de l’événement ?
Roger Ondo : Je veux insister sur un point cardinal : nous réclamons des élections professionnelles transparentes, crédibles, inclusives — avec la participation de toutes les forces en présence, sans exclusion ni manipulation.
Sur le second volet de votre question, je serais sincèrement surpris d’apprendre que les Gabonais dans leur ensemble, et les travailleurs en particulier, auraient oublié que Dynamique Unitaire incarne la bravoure, la dignité et le respect — ces valeurs sans lesquelles aucune défense sérieuse et durable de leurs intérêts n’est envisageable. Nous serons au rendez-vous de l’histoire. Je vous remercie.
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