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[Gabon – Société] RTN : Les journalistes et techniciens de l’audiovisuel privé brandissent la menace d’une grève imminente

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Dans un entretien accordé à notre rédaction ce 19 mars 2026, un journaliste de la chaîne, contraint à l’anonymat, a levé le voile sur le climat délétère qui gangrène la Radio télévision Nazareth (RTN) depuis de longues années. Son diagnostic est sans appel : si rien n’est entrepris promptement pour redresser la barre, la RTN pourrait rejoindre le cimetière des médias gabonais disparus.

y a des silences qui tonnent plus fort que les discours. Celui qui s’est abattu sur les studios de la Radio Télévision Nazareth (RTN), vendredi dernier, après une assemblée générale, résonne comme un tocsin : celui d’une institution médiatique à l’agonie, étranglée par l’indigence financière et l’abandon institutionnel.

En ce mois de mars 2026, ce jubilé devrait être une fête. Il n’est, hélas, qu’un requiem de plus. Car la RTN marche aujourd’hui sur le fil du rasoir, là où Télé Africa a jadis basculé, cette chaîne pionnière qui, faute de ressources suffisantes, a définitivement baissé le rideau, emportant avec elle des années de mémoire collective et d’expertise journalistique gabonaise.

Un carnage délibéré et méthodique, visant à réduire au silence une voix jugée dérangeante

La genèse du désastre actuel plonge ses racines dans les convulsions post-électorales de 2016. Au lendemain de la réélection controversée d’Ali Bongo Ondimba, les locaux de la RTN sont pris pour cible par des individus cagoulés. Les équipements sont saccagés, le parc automobile détruit, la salle de production dévastée.

Un carnage délibéré et méthodique, visant à réduire au silence une voix jugée dérangeante.Les séquelles de ce vandalisme organisé sont encore béantes. « Nous avons tout perdu », confie, sous couvert d’anonymat, l’un des journalistes de la rédaction. Caméras hors d’usage, studios exsangues, véhicules de reportage réduits à l’état d’épaves : la RTN ne s’est jamais véritablement relevée de cette mise à sac.

Pis, dans la foulée de ces violences, la quasi-totalité des annonceurs et partenaires commerciaux intimidés ou découragés par l’instabilité ambiante ont résilié leurs contrats, asséchant du même coup les rares veines nourricières de la chaîne. Car tout le monde le sait : une radio, une télévision privée ne vit que de la publicité et de la production. Aujourd’hui, la RTN n’a plus ni l’une ni l’autre.

Des salaires fantômes, des familles à l’abandon

Durant toutes ces années d’adversité, le promoteur de la chaîne s’est évertué à honorer de sa propre bourse les rémunérations du personnel qui lui est demeuré fidèle. Un geste noble, mais une équation structurellement intenable. Aujourd’hui, cette marge de manœuvre s’est évaporée. Les salaires ne tombent plus. Les agents journalistes, techniciens, monteurs, réalisateurs se retrouvent totalement démunis dans un contexte économique déjà éprouvant pour les ménages gabonais.

« Les agents de la RTN ne sont pas des sous-hommes, martèle notre interlocuteur, la voix chargée d’une amertume contenue. Ce sont des pères et des mères de famille. Ce sont des Gabonais à part entière. » Derrière chaque bulletin de paie absent, c’est une famille entière qui vacille, des scolarités compromises, des soins médicaux différés, une dignité quotidiennement piétinée.

La RTN, faut-il le rappeler, n’est pas une chaîne ordinaire. Pendant plus de vingt ans, elle a été la voix des sans-voix, le tribune des opprimés, le relais de la société civile et de tous ceux qui ont lutté pour l’alternance au Gabon. Elle a payé ce positionnement courageux de sa propre chair, en 2016, sous les coups des hommes cagoulés. Il serait proprement scandaleux qu’elle soit aujourd’hui abandonnée au moment précis où cette alternance devient réalité.

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