[Gabon] Le président du CGP, Francis Jean Jacques Evouna, analyse la dette publique et propose des solutions

Le président du Conseil gabonais du patronat (CGP), Francis Jean Jacques Evouna, a adressé, le 17 septembre 2026 à Libreville, une fiche technique au Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema. Ce document analyse la détente du spread souverain gabonais, observée après la publication des résultats de l’audit de la dette publique, et avance plusieurs pistes pour consolider ce mouvement. Le patronat entend ainsi contribuer à un dossier dont dépend l’accès du pays aux financements.

Rendu public par le Gouvernement le 13 septembre, l’audit, lancé le 17 juin 2026, arrête le stock des engagements exigibles de l’État au 31 décembre 2025 à 9 524,643 milliards de FCFA, soit environ 16,5 milliards de dollars. Ce montant est inférieur de plus de 2 175 milliards de FCFA à la première estimation.

Rapporté au PIB réévalué après le rebasage des comptes nationaux, le ratio d’endettement ressort à 68,91 %, sous le seuil critique de 70 %, alors que certaines estimations le situaient au-delà de 80 %, voire à 84,6 %. Transmis au FMI, le rapport a été suivi, sur les deux séances suivantes, d’un repli d’environ 75 points de base de la prime de risque du Gabon, le mouvement le plus marqué parmi le Cameroun, le Congo et le Gabon.

Pour le CGP, cette détente traduit moins une réévaluation de la capacité de remboursement du pays que la levée d’une incertitude qui pesait sur les investisseurs depuis plusieurs mois. La publication d’un chiffre arrêté et transmis au FMI réduit ainsi la « prime d’opacité » que redoutent les marchés.

Le patronat relève toutefois que la baisse du ratio résulte d’un double effet, la révision à la baisse du stock de dette et la hausse du PIB liée au rebasage, sans que la part de chacun soit isolée dans la communication publique. Il note aussi que les titres gabonais se traitent encore avec une décote d’environ 12,5 % par rapport à leur valeur d’émission, et que la répartition entre dette extérieure, dette intérieure, arriérés et autres engagements n’est pas détaillée. L’audit constitue donc, selon lui, un point d’entrée et non un solde de tout compte.

Le CGP appelle en conséquence à la vigilance. Ce sursaut reste un mouvement de correction rapide, qui n’efface ni le « mur de la dette » de 2026-2027, lequel concentre plus de la moitié de l’encours, ni un service de la dette projeté à plus de 2 200 milliards de FCFA en 2027-2028. La confiance des marchés demeure réversible et ne se consolide que par la régularité de l’information, l’échéance à venir avec le FMI devant constituer le test de crédibilité décisif.

Le patronat formule d’abord trois propositions : publier le rapport d’audit complet, avec la décomposition des différentes catégories d’engagements ; sécuriser sans délai un accord-cadre avec le FMI, afin d’ancrer officiellement le nouveau chiffre et d’ouvrir la voie à des financements concessionnels moins coûteux que le marché obligataire ; enfin, publier un calendrier consolidé et opposable du « mur de la dette », précisant les instruments de refinancement envisagés, tels que le rallongement des maturités ou la conversion en dette concessionnelle.

Le CGP recommande en outre d’instituer un reporting trimestriel public de la dette et de son service, seul gage, selon lui, d’un resserrement durable de la décote. Il propose d’articuler ce calendrier avec les grands engagements en cours (Booué, Eramet-Comilog, FONED/OKIRA 241) au sein d’une instance de pilotage unique de type CSPCI, afin que les marchés perçoivent une trajectoire financière cohérente plutôt qu’une somme d’annonces séparées.

Il se dit enfin disposé à contribuer, avec les huit organisations patronales, au suivi partagé de cette trajectoire. Pour M. Evouna, il revient désormais aux autorités de transformer ce crédit de confiance, encore conditionnel, en amélioration structurelle des conditions de financement de l’État, par la transparence, la régularité de l’information et la cohérence calendaire avec les grands chantiers du pays.

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