
Libreville — Il y a cinq ans, la scène politique gabonaise perdait l’une de ses figures les plus atypiques et les plus tranchantes. Guy Christian Mavioga, fondateur et Secrétaire Exécutif du Bloc Démocratique Chrétien (BDC), s’éteignait brutalement, laissant derrière lui un parti en deuil et un pays surpris par la soudaineté de la nouvelle. Cinq ans « déjà », comme le rappelle aujourd’hui la formation verte et bleue dans un hommage empreint de gratitude et de nostalgie : « Merci ! »
C’est un samedi matin, le 4 septembre 2021, que le couperet tombe. Guy Christian Mavioga rend son dernier souffle à la Polyclinique du Dr Chambrier, à Libreville, terrassé par la Covid-19, selon les informations concordantes relayées à l’époque par plusieurs médias gabonais et confirmées par une source proche de la famille. La nouvelle, aussi soudaine que douloureuse, se répand comme une traînée de poudre dans les cercles politiques de la capitale, où l’homme, connu pour son franc-parler et son engagement sans concession, ne laissait personne indifférent.
Sa disparition intervient alors même que le BDC envisageait un rapprochement stratégique avec le Parti Démocratique Gabonais (PDG), la formation au pouvoir. Une échéance politique majeure que le défunt n’aura pas eu le temps de voir aboutir.
Le deuil sera long et douloureux à traverser. Un différend familial autour des obsèques retardera son inhumation de plusieurs mois : ce n’est finalement que le 6 janvier 2022, au cimetière de Mindoubé à Libreville, que Guy Christian Mavioga sera porté en terre, après qu’un accord ait enfin été trouvé entre sa veuve et sa famille.
Un parcours au service du verbe et de l’engagement
Avant de fonder le BDC, Guy Christian Mavioga s’était forgé une réputation d’homme politique intraitable, porte-voix inlassable de la Majorité Républicaine et Sociale pour l’Émergence (MRSE). Farouche défenseur des orientations d’Ali Bongo Ondimba, il n’hésitait jamais à hausser le ton lorsque la situation l’exigeait, quitte à en payer le prix : il avait notamment connu la prison pour outrage au chef de l’État, feu Omar Bongo Ondimba, avant de finir par se réconcilier avec ce dernier. Ce tempérament frondeur, loin de l’affaiblir, avait contribué à forger sa stature d’acteur politique incontournable, familier du grand public gabonais.
Son parcours ne se limitait pas à l’arène politique. Homme d’affaires reconnu, il avait pris la tête, en février 2019, de la société Pizolub, spécialisée dans la formulation de lubrifiants et le conditionnement d’huiles industrielles et automobiles, qu’il dirigera pendant vingt et un mois.
Un héritage que le BDC perpétue
Cinq ans après son départ, le Bloc Démocratique Chrétien, aujourd’hui dirigé par Anna-Claudine Mavioga, n’a rien oublié de l’empreinte laissée par son fondateur. Le parti, qui a soutenu Brice Oligui Nguema lors de la dernière présidentielle et conserve un siège à l’Assemblée nationale, célèbre cet anniversaire comme un rappel de fidélité aux valeurs fondatrices : « Justice — Paix — Progrès ». Une manière, pour la formation, de rappeler que si l’homme s’est éteint, son idéal, lui, continue d’irriguer l’action du BDC.