[Afrique] Mortalité maternelle en 2026 : le miroir d’une médecine obstétricale encore défaillante sur le continent ?

La disparition brutale de Rudy Hombenet, journaliste chevronnée du quotidien L’Union, survenue dans la nuit du mercredi 26 au jeudi 27 août 2026 dans une structure de la capitale gabonaise à Libreville, à peine deux jours après avoir donné naissance à une petite fille, ravive douloureusement le débat sur la qualité de la prise en charge obstétricale réservée aux femmes enceintes en Afrique. Fraîchement auréolée du titre de « Meilleure Journaliste Presse Écrite » aux Awards de la Presse Gabonaise 2026, la consœur laisse une profession sous le choc et une question lancinante : pourquoi meurt-on encore autant, avant, pendant et après l’accouchement, sur le continent africain ?

Selon les témoignages recueillis auprès de ses proches, Rudy Hombenet avait accouché sans complication apparente. C’est dans les heures suivant la délivrance que son état de santé se serait brutalement dégradé, sans que les circonstances exactes de son décès n’aient, à ce stade, été rendues publiques. Ce scénario n’est malheureusement pas isolé : il illustre la vulnérabilité persistante de la période du post-partum, souvent négligée dans la surveillance clinique, alors même que la majorité des complications mortelles — hémorragie du post-partum, infection puerpérale, embolie amniotique ou décompensation d’une pathologie hypertensive — surviennent précisément dans les 24 à 72 heures suivant l’accouchement.

Une hécatombe obstétricale documentée par les chiffres de l’OMS

https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/maternal-mortality

Les statistiques de l’Organisation mondiale de la santé confirment, hélas, que ce drame n’a rien d’un fait divers isolé. Chaque jour, environ 800 femmes meurent dans le monde de causes évitables liées à la grossesse et à l’accouchement, dont 70 % en Afrique. Selon les dernières estimations du Groupe interorganisations des Nations Unies pour l’estimation de la mortalité maternelle, la Région africaine a certes réduit son taux de mortalité maternelle de 40 % entre 2000 et 2023, celui-ci passant de 727 à 442 décès pour 100 000 naissances vivantes, mais elle continue de concentrer 70 % des décès maternels recensés dans le monde. On estime ainsi à 178 000 le nombre de mères qui perdent la vie chaque année dans la Région africaine, souvent des suites de causes évitables.

Plus préoccupant encore, l’Atlas des statistiques sanitaires africaines projette qu’environ 390 femmes perdront la vie pendant l’accouchement pour 100 000 naissances vivantes d’ici à 2030 en Afrique subsaharienne, un taux cinq fois supérieur à la cible fixée par les Objectifs de développement durable (ODD), qui ambitionnent de ramener le ratio mondial sous la barre des 70 décès pour 100 000 naissances vivantes. Un objectif que le Directeur régional par intérim de l’OMS pour l’Afrique, le Dr Chikwe Ihekweazu, résume en une formule glaçante : dans de trop nombreux endroits, la grossesse et l’accouchement demeurent des événements potentiellement mortels, alors même que l’immense majorité de ces décès pourrait être évitée.

Le cas gabonais : une hausse préoccupante des décès maternels

Mortalité maternelle au Gabon : en hausse de 18% selon l’OMS

Le Gabon n’échappe pas à cette dynamique inquiétante. Selon le rapport annuel de l’OMS, 59 décès maternels ont été enregistrés en 2025 dans les structures hospitalières civiles du pays, contre 50 décès en 2024, soit une hausse de 18 %, collectée via le système de surveillance intégrée de la maladie et riposte (SIMR). Un chiffre d’autant plus interpellant que le pays a pourtant instauré la gratuité des soins liés à l’accouchement, preuve que la seule levée de la barrière financière ne suffit pas à endiguer le phénomène.

Pénurie de sages-femmes qualifiées ou défaillance systémique ?

Le débat sur la qualification du personnel soignant, loin d’être anecdotique, reste au cœur des explications avancées par les experts en santé publique. Le déficit chronique de sages-femmes diplômées d’État, la formation continue insuffisante en obstétrique d’urgence, le manque de plateaux techniques pour les césariennes en urgence et la faible disponibilité des banques de sang figurent parmi les causes structurelles les plus documentées. À cela s’ajoutent des facteurs organisationnels : retards d’orientation vers un centre de référence, ruptures de stock en produits utérotoniques (ocytocine, misoprostol) et insuffisance du suivi prénatal, qui empêche le dépistage précoce des grossesses à haut risque.

Des efforts réels, mais encore insuffisants

Il serait toutefois injuste d’ignorer les efforts consentis par plusieurs gouvernements africains. Plusieurs établissements sanitaires ont ainsi été équipés en stérilisateurs afin de réduire les risques infectieux et de renforcer les conditions d’hygiène au sein des services hospitaliers, une réponse directe à certaines causes évitables de décès maternels et infantiles. Mais pour l’OMS, la lutte contre la mortalité maternelle ne saurait se limiter aux murs des hôpitaux : elle exige une approche globale, associant renforcement des ressources humaines qualifiées, équipement des maternités périphériques, gratuité effective des soins d’urgence obstétricale et surveillance rigoureuse du post-partum.

Quitter la version mobile