[Interview exclusive] Roger Ondo Abessolo/ «Aujourd’hui, notre ligne reste inchangée : défendre avec fermeté les droits des travailleurs»

Propos recueillis par Randy Louba

Il y a quelques jours, quelques semaines, la plus importante centrale syndicale du Gabon, la Dynamique Unitaire (DU), a procédé au renouvellement de ses instances dirigeantes. Au terme d’un 3ème congrès ordinaire qui s’est déroulé dans des conditions globalement apaisées, c’est Roger Ondo Abessolo qui a été plébiscité à l’unanimité. L’ancien vice-président, devenu président par intérim après le départ de Jean Rémy Yama pour l’arène politique, succède ainsi à un homme dont les deux mandats furent marqués par de vives tensions, notamment la crise de 2018, cristallisée autour de la volonté du pouvoir d’alors d’imposer des mesures d’austérité et de recourir à l’incarcération de syndicalistes. S’inscrivant dans cette continuité, notre rédaction a tendu le micro au nouvel homme fort de la centrale afin de cerner les défis qui l’attendent à l’aube de la Cinquième République.

Randy Louba : Vous voilà désormais officiellement hissé à la tête de la plus grande centrale syndicale du pays, après avoir assumé l’intérim pendant deux à trois ans dans le sillage de Jean Rémy Yama. Quel est votre sentiment au lendemain de cette élection ?

Roger Ondo Abessolo : Je tiens d’abord à remercier le Tout-Puissant, de qui dépend toute chose. Je rends grâce au Seigneur d’avoir permis que ce congrès se déroule dans une parfaite sérénité. Les délégués venus des provinces sont tous rentrés sains et saufs auprès de leurs familles. Alors que certains prédisaient une issue tumultueuse, cet événement s’est achevé sur une note enthousiaste avec l’élection de votre humble serviteur à la tête de la confédération pour un mandat de trois ans.

Je ne peux qu’exprimer ma satisfaction face à la confiance que mes collègues ont accordée à ma modeste personne et à notre liste. Vous auriez certainement ressenti la même fierté, même si cette responsabilité implique la lourde charge de mener le combat de Dynamique Unitaire durant ces trois prochaines années. Je mesure pleinement l’ampleur de la tâche, mais avec l’aide du Ciel et l’engagement des travailleurs gabonais, notre bureau saura répondre aux attentes de ses électeurs.

Randy Louba : Aujourd’hui, les revendications des travailleurs semblent avoir enregistré des avancées notables depuis l’installation des nouvelles autorités. Partagez-vous ce constat ?

Roger Ondo Abessolo : Concernant les soi-disant progrès notables depuis l’installation des nouvelles autorités, j’ignore sur quoi vous vous appuyez pour les affirmer. En tant que confédération, Dynamique Unitaire n’a pas déposé de cahier de revendications sur la table du gouvernement depuis le début de la transition. On ne peut donc parler d’évolution alors qu’aucune demande formelle n’a été soumise, même si les difficultés persistent.

De plus, lors de la fête du Travail, l’ensemble des centrales syndicales gabonaises a remis en main propre au chef de l’État le manifeste des travailleurs. Ce document n’a jamais fait l’objet du moindre débat ni d’aucun examen conjoint. Nous restons au point mort : sans ouverture de discussions pour établir les priorités, le constat demeure vierge.

Quant à la régularisation des situations administratives, parler de progrès me semble prématuré. Il faudrait d’abord publier des chiffres précis : combien de dossiers étaient en attente et combien ont été réellement traités à ce jour ? Faute de transparence et d’informations fiables transmises aux centrales syndicales, nous restons dans le domaine des spéculations. Ce n’est pas de la mauvaise foi de ma part, mais l’exacte réalité.

Randy Louba : Depuis sa création en 2015, la Dynamique Unitaire a souvent été perçue, à tort ou à raison, comme un « parti de l’opposition ». Que répondez-vous à cette étiquette qui vous colle à la peau ?

Roger Ondo Abessolo : Cette qualification de parti politique ne nous a jamais perturbés. Si elle nous a valu les foudres du pouvoir déchu, nous n’avons jamais baissé la garde. Ceux qui tentaient de nous nuire ignoraient — ou feignaient d’ignorer — que Dynamique Unitaire regroupe exclusivement des syndicats et des fédérations de travailleurs, sans la moindre affiliation politique. En nous affublant de ce titre pour fermer le dialogue, l’ancien régime cherchait à distraire les employés. Notre fermeté s’expliquait simplement par le refus systématique du gouvernement de nous recevoir et son absence de volonté d’apporter des solutions.

En 2016, lors des règlements de comptes visant l’opposition, cette confusion entretenue a conduit à l’emprisonnement de trois de nos responsables : Jean-Rémy Yama, Cyrlin Koumba Mba et moi-même. Tous les membres de notre organisation ont subi la sévérité des gardes à vue. Loin de nous briser, ces épreuves nous ont forgés. Les acteurs actuels qui profitent des retombées du changement devraient mesurer la portée du travail d’usure mené par la centrale : notre action syndicale rigoureuse a largement contribué à affaiblir l’ancien régime avant l’intervention du 30 août 2023.

Aujourd’hui, notre ligne reste inchangée : défendre avec fermeté les droits des travailleurs. Les sensibilités politiques au sein des effectifs relèvent de la liberté individuelle de chaque citoyen, tant que ces engagements restent extérieurs à nos instances.

Recevoir des personnalités politiques de tous horizons — à l’instar des échanges récents avec Maître Ange Nzigou (FDS) au sujet du projet de réforme de la fonction publique — relève du dialogue républicain. Par le passé, nous nous sommes entretenus avec plusieurs figures siégeant au gouvernement actuel sans que la moindre velléité politicienne ne vienne altérer nos principes.

De la même manière, nos critiques envers la réactualisation de la réforme de la fonction publique (issue de l’ordonnance 0016 du 28 février 2018) visent uniquement la préservation des droits sociaux, sans aucune manipulation de l’ombre.

Randy Louba : Votre mot de la fin

Roger Ondo Abessolo : En guise de conclusion, je m’adresse à l’ensemble des travailleurs gabonais, du secteur privé comme de la fonction publique : Dynamique Unitaire demeure votre sentinelle.

Lorsque la centrale vous appelle à la mobilisation, répondez présent. Le gouvernement actuel semble vouloir reproduire les schémas passés, en invoquant notamment la maîtrise de la masse salariale pour justifier des réformes contestables. Dès que nous hausserons le ton, nos contradicteurs réutiliseront le même raccourci commode en nous accusant de faire de la politique.

Demeurons vigilants. Aucun responsable politique ne se lèvera spontanément pour améliorer nos conditions de vie ; nos acquis résultent uniquement de nos luttes syndicales. Si nous voulons restaurer notre dignité, nous devons rester unis et combatifs, dans le respect mutuel.

Je vous invite à suivre nos actions sur la page Facebook officielle de Dynamique Unitaire, car le contexte exige une attention constante. Je vous remercie pour cette interview.

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