Afrique du Sud : la chasse aux migrants se retourne contre l’économie

L’Afrique du Sud paie déjà le prix de sa campagne anti-migrants. Après des mois de tensions xénophobes et un exode massif de travailleurs étrangers, plusieurs provinces manquent aujourd’hui de bras. L’agriculture, le transport et la construction trinquent en premier.

Depuis mars 2026, la colère anti-immigration embrase l’Afrique du Sud. Les mouvements March and March et Operation Dudula multiplient les manifestations. Leur discours reste le même : les étrangers volent les emplois et nourrissent l’insécurité. Un ultimatum informel fixait au 30 juin le départ des migrants sans papiers. Cette date n’avait aucune valeur légale, mais elle a suffi à déclencher la panique.

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Résultat : plus de 25 000 personnes ont déjà été rapatriées. Des milliers d’autres fuient encore, par peur des raids ou des violences de rue. Le Nigeria, le Ghana et le Mozambique ont même affrété des avions et des bus pour rapatrier leurs ressortissants.

Le boomerang économique

Ce départ massif produit l’effet inverse de celui promis par ses instigateurs. Dans le KwaZulu-Natal, les producteurs de canne à sucre s’arrachent les cheveux. Les coupeurs de canne, souvent des travailleurs étrangers expérimentés, manquent cruellement à l’appel en pleine saison de récolte. Des champs entiers restent non récoltés sur la côte nord de la province.

Le secteur du transport encaisse lui aussi le choc. À Durban, les taxis collectifs voient leur fréquentation baisser : de nombreux clients migrants ont quitté le pays. Les artisans capables de réparer les véhicules se font rares, car beaucoup venaient de l’étranger. Les délais s’allongent, les prix grimpent.

La croissance déjà touchée

La Banque mondiale a d’ailleurs revu à la baisse sa prévision de croissance sud-africaine pour 2026, désormais fixée à 1,0 %. Le chômage, lui, dépasse toujours les 30 %. Expulser des migrants ne répare ni les infrastructures vieillissantes, ni les entreprises publiques exsangues, ni le système scolaire en difficulté.

La crise dépasse aussi les frontières du pays. Ces travailleurs envoyaient une partie de leurs revenus à leurs familles restées au Zimbabwe, au Malawi, au Mozambique, au Lesotho ou en Eswatini. Ces transferts finançaient l’alimentation, la santé, la scolarité. Leur tarissement fragilise désormais des ménages déjà frappés par l’inflation.

Un paradoxe qui interroge

Le président Cyril Ramaphosa a dénoncé des groupes qui, selon lui, exploitent les inquiétudes du peuple sud-africain pour déstabiliser le pays. Reste un constat implacable : les migrants représentaient environ 3 millions de personnes sur une population de 63 millions, soit à peine 4 %. Leur départ ne comble pas le chômage. Il crée, à la place, une pénurie de main-d’œuvre dans des secteurs entiers.

L’Afrique du Sud voulait chasser ses migrants pour protéger ses emplois. Elle découvre aujourd’hui qu’elle en avait besoin.

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