Prisons gabonaises face au gouffre de la surpopulation : entre constat et recommandations de Sos Prisonniers

L’univers carcéral gabonais étouffe sous le poids d’effectifs pléthoriques qui consument quotidiennement la dignité humaine, entre des murs devenus trop étroits. Face à ce constat alarmant, l’ONG nationale SOS Prisonniers, sous l’égide de son président Lionel Engonga, a officiellement lancé le plaidoyer du projet national « Dignité en détention ». Portée conjointement avec l’organisation française Agir Ensemble pour les Droits Humains, et soutenue financièrement par l’Union européenne, cette initiative citoyenne refuse la fatalité de la dénonciation stérile pour privilégier un levier de dialogue constructif avec les plus hautes autorités de l’État, afin de désamorcer une crise humanitaire et sécuritaire devenue insoutenable.

Le constat clinique posé par les acteurs de terrain révèle un décalage abyssal entre les textes législatifs et leur transcription dans le quotidien des geôles gabonaises. Les chiffres de la surpopulation donnent le vertige et illustrent une saturation critique, puisque la Prison centrale de Libreville abrite 3 500 détenus pour une capacité théorique de 300 places, tandis que celle de Port-Gentil compte 1 000 captifs pour 250 places, et celle de Lambaréné regroupe 237 pensionnaires, là où le seuil est fixé à 50 places.

Cette surchauffe structurelle est alimentée par une mécanique judiciaire grippée, caractérisée par un recours systématique au mandat de dépôt, au détriment des peines alternatives, et par une paralysie des sessions criminelles, dont celle de 2026, qui a été annulée faute de budget. À cela s’ajoutent un système d’archivage papier archaïque, provoquant la perte de dossiers, et une restriction du droit de visite, qui fragilise l’équilibre psychologique des détenus en dissolvant tout lien familial.

Des mesures d’urgence à court terme

Pour sortir le système pénitentiaire de cette ornière, SOS Prisonniers déploie une feuille de route méthodique, s’articulant d’abord autour de mesures d’urgence à court terme. Il s’agit de rétablir sans délai le droit de visite obligatoire, à hauteur des trois séances hebdomadaires réglementaires, et d’encadrer strictement le mandat de dépôt, afin que la détention préventive redevienne l’exception légale. L’organisation préconise également la mise en place de commissions de suivi nationales au sein des prisons, pour purger les dossiers provisoires abusivement prolongés, ainsi que l’activation immédiate du travail d’intérêt général pour vider les cellules des petits délinquants.

Des réformes structurelles à moyen et long termes

À moyen et long termes, la stratégie de plaidoyer exige des réformes structurelles profondes, pour rééquilibrer durablement la gestion pénale du pays. Les autorités doivent opérationnaliser le Juge d’application des peines, en adoptant un texte clair définissant ses attributions, garantir la tenue régulière des quatre sessions criminelles annuelles, et promouvoir massivement les peines alternatives auprès des magistrats. Enfin, la modernisation passera par la digitalisation intégrale de la chaîne pénale pour sécuriser le suivi des dossiers, par la construction de nouveaux établissements conformes aux normes internationales, et par la refonte d’une politique nationale résolument orientée vers la réinsertion sociale, afin d’honorer les engagements du Gabon en matière de Droits de l’Homme.

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