
À l’occasion de la restitution de son bilan parlementaire annuel, exercice désormais imposé par la nouvelle constitution, l’honorable Jean Gaspard Ntountoume Ayi, député du deuxième arrondissement de la commune d’Akanda, dans le nord de l’Estuaire, s’est livré, le mercredi 8 juillet 2026, à un exercice de transparence devant ses concitoyens. Dette publique, cherté de la vie, épineuse question foncière, suspension des réseaux sociaux et crise structurelle de l’eau et de l’électricité : l’élu a passé en revue l’actualité brûlante et détaillé les motivations ayant guidé ses décisions au sein de la représentation nationale.
Sur la question de l’endettement du pays, le parlementaire s’est voulu nuancé, réfutant l’idée d’un surendettement au profit d’un diagnostic plus précis : celui d’une dette mal orientée. Selon lui, une large part des emprunts actuels sert non pas à financer des investissements structurants, mais à honorer d’anciennes créances, un mécanisme qu’il juge intenable à terme. Empruntant les codes de la gestion d’entreprise, l’élu a suggéré que l’État pourrait s’inspirer des grands groupes en difficulté, capables de céder certaines filiales pour assainir leurs finances et redonner de l’oxygène à l’ensemble de leur structure — une piste de réflexion qu’il appelle de ses vœux pour le Gabon.
La vie chère : une équation à résoudre par les revenus, non par les prix
Concernant la cherté de la vie, le député écarte l’idée d’un contrôle des prix, rappelant que le Gabon, ne produisant pas les matières premières agricoles de base à grande échelle, ne saurait en fixer arbitrairement les tarifs. Pour lui, la véritable solution réside dans l’augmentation du pouvoir d’achat et l’allègement des charges quotidiennes des ménages. Il a ainsi plaidé pour un réseau de transport urbain fiable et cadencé, susceptible de faire économiser aux citoyens plusieurs milliers de francs dépensés chaque jour en déplacements informels. De même, un système de couverture sociale pleinement opérationnel, à travers une CNAMGS performante, libérerait des ressources aujourd’hui englouties dans les frais de santé, permettant aux familles de réorienter leurs revenus vers l’habillement, l’alimentation ou l’accession à la propriété.
Foncier : un vote de raison, une réforme promise pour septembre
Le très contesté texte sur le foncier, dont l’adoption a suscité de vives protestations en raison de soupçons d’irrégularités dans l’obtention de certains documents, a également été abordé. Le député a justifié son vote favorable par la volonté d’éviter le rejet pur et simple d’une loi qu’il considère porteuse de nombreuses avancées protectrices en matière foncière. Il a néanmoins annoncé qu’une proposition de loi complémentaire serait déposée dès la rentrée parlementaire de septembre, afin d’introduire une disposition tenant les agents de l’État responsables de faux ou de fraude en matière de titres fonciers, lesquels devraient alors répondre de leurs actes devant la justice.
Réseaux sociaux : une suspension jugée illégale
Sur le dossier sensible de la coupure des réseaux sociaux, l’élu n’a pas mâché ses mots, qualifiant la mesure d’illégale. Il a fait valoir que la nécessité, postérieure à la suspension, de légiférer pour encadrer le secteur constituait en soi l’aveu implicite de cette irrégularité initiale. Le parlementaire a rappelé que les textes pris depuis le 26 février dernier n’étaient que des ordonnances, actes à valeur législative mais de nature provisoire, et qu’un rétablissement de l’accès aux réseaux sociaux aurait dû intervenir depuis, ce qui n’a toujours pas été le cas.
Eau et électricité : une crise structurelle, pas de miracle avant décembre
Enfin, sur la question récurrente des délestages d’eau et d’électricité, le député a tenu à tempérer les attentes de la population. Il a averti que quiconque promettrait un règlement complet de la crise d’ici décembre ferait preuve d’un optimisme trompeur. Selon lui, des années d’inaction accumulée ne sauraient être effacées en quelques mois : la construction d’une centrale hydroélectrique nécessiterait environ trois ans, celle d’une centrale thermique près de deux ans. C’est dans cette réalité structurelle, a-t-il conclu, que s’inscrit durablement le pays.