[Gabon] Décès d’un compatriote pour une affaire de foncier : et si Justine Lekogo avait vu juste ?

Si le débat sur le foncier au Gabon charriait déjà son lot de tensions, la mort d’un compatriote dans un litige de terrain vient de rappeler, avec une brutalité glaçante, que ce dossier ne saurait être traité à la légère. Une affaire qui continue d’attiser frustrations et incompréhensions, et dans laquelle la voix de Justine Lekogo, honorable députée de Franceville (Haut-Ogooué), résonne aujourd’hui avec une actualité troublante.

Faut-il se contenter d’une lecture strictement juridique des décisions de justice relatives au droit d’acquisition foncière, ou faut-il repenser l’ensemble du processus, y compris pour ceux qui ont obtenu des terres dans des conditions parfois opaques et douteuses ? La question vaut son pesant d’or. On croyait pourtant les querelles foncières reléguées au passé. Il n’en est visiblement rien. Pas un semestre ne s’écoule désormais sans qu’un nouveau cas ne défraie la chronique. Et quoi de plus grave, de plus irréversible, que la mort d’un homme ?

Parmi les voix qui déplorent cette situation et interpellent les décideurs, celle d’une femme se distingue : l’honorable Justine Judith Lekogo. Malgré son appartenance à la formation politique du Président de la République, elle s’était farouchement opposée au vote du nouveau texte de loi sur le foncier, dénonçant la disparition, entre les deux chambres du Parlement, d’une disposition clé encadrant l’obtention douteuse de titres fonciers.

Un vote de dissidence qu’elle avait pris soin d’expliquer avec clarté : « Vous avez constaté que, récemment, en tant que député, j’ai voté contre la réforme foncière. Ce vote n’était pas un refus du changement, encore moins un rejet de l’investissement. Il traduisait une conviction profonde : aucune réforme foncière ne peut réussir si elle ne responsabilise pas tous les acteurs de la chaîne de délivrance des titres fonciers. », peut-on lire sur sa publication depuis son compte Facebook en date du 04 juillet dernier.

Des dysfonctionnements aux conséquences dramatiques

Pour la députée de Franceville, le mal est plus profond qu’une simple querelle de texte. Il réside dans les dysfonctionnements qui permettent que des procédures soient engagées, voire validées, au mépris des droits de citoyens déjà installés légalement sur leurs parcelles ou ayant entamé leurs démarches administratives de longue date.

Un vide que le drame récent semble tristement confirmer : « L’actualité nous rappelle malheureusement les conséquences humaines de ces défaillances. Un jeune Gabonais a récemment perdu la vie à la suite d’un conflit foncier. […] Chaque conflit foncier non résolu est le signe d’un système qui doit être renforcé afin que la justice, la transparence et la sécurité juridique prévalent. », a-t-elle poursuivi.

Des garde-fous, pas un frein à l’investissement

Loin de vouloir freiner les ambitions économiques du pays, l’honorable Lekogo insiste sur la nécessité d’instaurer des garde-fous solides, afin que chaque responsable administratif, à quelque échelon que ce soit, exerce sa mission dans le strict respect de la loi et de l’intérêt général. « Servir l’État, c’est protéger les droits des citoyens, garantir l’impartialité de l’administration et renforcer la confiance dans nos institutions », martèle-t-elle.

Et pour couper court à toute polémique sur un supposé climat anti-investisseurs, elle est catégorique : « Les investisseurs ne sont pas nos adversaires. Les investisseurs sérieux recherchent avant tout un environnement stable, des règles claires, une administration crédible et une justice impartiale. » Selon elle, renforcer la transparence et combattre les irrégularités ne repousse pas les capitaux étrangers, mais attire au contraire les partenaires les plus sérieux, ceux désireux de construire des relations durables avec le Gabon. À l’inverse, tolérer les pratiques douteuses risquerait d’ouvrir la porte à des acteurs opportunistes, dont les intérêts divergeraient de ceux de la nation.

Pour la parlementaire, le développement économique du Gabon repose sur deux piliers indissociables : l’ouverture aux investissements et le respect de l’État de droit. L’un ne saurait durablement prospérer sans l’autre. « C’est dans cet esprit que j’ai voté, et c’est dans cet esprit que je continuerai à défendre une réforme foncière qui protège à la fois les citoyens, les investisseurs et l’avenir de notre pays », conclut-elle.

Un plaidoyer qui, à la lumière du drame survenu, prend aujourd’hui des accents prémonitoires. Et si, finalement, Justine Lekogo avait vu juste ?

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