[Ouganda] Le général Kainerugaba revendique l’enlèvement d’un avocat opposant: retour glaçant aux méthodes d’Amin Dada?

C’est un fait gravissime qui jette une lumière crue sur la dérive autoritaire du régime ougandais. Lundi 15 juin, le général Muhoozi Kainerugaba, chef d’état-major des armées ougandaises, a publiquement revendiqué, photo macabre à l’appui, l’enlèvement d’un avocat opposant qui le poursuivait en justice — un acte commis en plein cœur de Kampala, sous le regard impuissant d’une population médusée.

Fils du président Yoweri Museveni, 81 ans dont quarante passés sans interruption au pouvoir, Muhoozi Kainerugaba n’a fait preuve d’aucune retenue dans sa communication. Sur la plateforme X, le militaire s’est targué d’avoir « capturé un imbécile » et de l’avoir « emmené dans ses sous-sols » — une formulation à peine voilée qui sonne comme une menace de représailles physiques.

Pire encore, le chef de l’armée a explicitement nommé sa cible et savouré par avance le sort qu’il entend lui réserver. « Je suis fier de toute la douleur et de toute la souffrance que je vais infliger au criminel Lkwango ! », a-t-il lancé, visant ainsi Erias Lukwago, ancien maire de Kampala, avocat de profession et farouche opposant au régime Museveni.

Un rapt commando aux allures de représailles politiques

Les circonstances de l’enlèvement, rapportées par un parent de la victime, achèvent de dresser le tableau d’une opération brutale et préméditée. Selon ce témoignage, « des soldats ont sauté au-dessus de la grille [de sa maison], l’ont violemment mis dans un van et l’ont emmené ailleurs », sans qu’aucune indication sur sa destination ne soit communiquée à sa famille — une disparition forcée qui rappelle les pratiques les plus sombres des régimes répressifs du continent.

L’ombre tenace d’Idi Amin Dada plane sur Kampala

Cette mise en scène macabre, savamment orchestrée et fièrement assumée par le fils du chef de l’État, ravive douloureusement le souvenir des années de terreur qu’a connues l’Ouganda sous la dictature sanguinaire d’Idi Amin Dada, entre 1971 et 1979. Disparitions forcées, exécutions sommaires, opposants jetés dans des geôles sans procès : le mode opératoire de l’époque semble trouver, près d’un demi-siècle plus tard, un écho funeste dans les agissements actuels de l’appareil militaire ougandais.

L’exhibitionnisme du général Kainerugaba, qui ne cherche même plus à dissimuler ses actes mais les revendique au contraire avec une fierté décomplexée, marque une rupture inquiétante avec les standards minimaux de l’État de droit. À l’instar du régime amiiniste qui avait plongé l’Ouganda dans une spirale de violence et d’arbitraire, le pouvoir ougandais contemporain semble renouer avec une culture de l’impunité où la force prime sur le droit.

Une opposition sous la menace permanente

Cette affaire intervient dans un climat politique déjà tendu, où la succession dynastique entre Yoweri Museveni et son fils Muhoozi Kainerugaba alimente les craintes d’une dérive monarchique du pouvoir. Pour les défenseurs des droits humains, l’enlèvement de Erias Lukwago constitue un signal alarmant envoyé à toute une classe d’opposants et d’avocats engagés dans la défense de l’État de droit en Ouganda.

L’histoire, décidément, semble se répéter à Kampala — avec ses silences complices et ses peurs renaissantes.

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