Premier Congrès international des greffiers : les gardiens silencieux de l’économie et de la justice s’affirment à Libreville

Enregistrer la naissance d’une société, authentifier une décision de justice, certifier un acte de commerce ou garantir l’intégrité d’un registre public. Derrière chacun de ces gestes fondateurs de la vie juridique et économique se trouve un professionnel que l’opinion publique peine encore à identifier : le greffier. Réunis à Libreville à l’occasion du premier Congrès international des greffiers le lundi 08 juin dernier, les praticiens du secteur ont saisi cette tribune pour réaffirmer avec force que leur mission transcende de loin le simple traitement administratif des dossiers.

Articulée autour du thème « Le greffier au cœur de la modernisation de l’État : pilier de la performance économique, de la transition numérique et de la gouvernance interinstitutionnelle », la première journée des travaux, ouverte ce lundi 8 juin, a été entièrement consacrée à la contribution du greffier au développement économique.

Pour Ada Essono Edith épouse Eva, présidente de l’Association des Femmes Greffiers du Gabon (AF2G) et du comité d’organisation, l’événement revêt une portée historique. Non seulement il offre un espace d’échanges entre experts, mais il consacre également une initiative pionnière sur le continent : « Dans l’Afrique, il n’y a jamais eu un congrès des greffiers. » Une première qui place le Gabon en éclaireur. La responsable a par ailleurs rappelé la place incontournable qu’occupe le greffier dans le parcours de tout justiciable, résumant cette omniprésence en une formule lapidaire : « Vous commencez par le greffe, vous terminez par le greffe. »

Le greffe, un levier méconnu des recettes publiques

Les débats de cette journée inaugurale ont surtout mis en relief la dimension économique, trop souvent occultée, du métier. Conseillère de greffe au Tribunal de première instance de Libreville, Maître Giovanna Cabrelle M’Bou a rappelé que les actes produits par les greffes alimentent directement les recettes de l’État. « Tous les actes judiciaires ne sont pas gratuits », a-t-elle souligné, plaidant pour une meilleure formation des agents et une actualisation des textes réglementaires afin d’optimiser la collecte des recettes non fiscales.

Au-delà de cet impératif financier, Maître Cabrelle M’Bou a mis en exergue le rôle stratégique des greffiers dans la sécurisation de l’environnement des affaires. À travers la tenue rigoureuse du registre du commerce, ils produisent une information fiable, indispensable aux opérateurs économiques comme aux investisseurs étrangers. « Un registre bien tenu est un registre qui accorde la confiance aux partenaires économiques. C’est un registre qui attire également des investisseurs », a-t-elle insisté.

Un acteur économique à part entière

Cette conviction est partagée par le président du Syndicat national des greffiers du Gabon, Maître Ndong Christ Ghislain, qui voit dans ce congrès une plateforme de réflexion sur les défis contemporains de la profession autant qu’une occasion de valoriser son apport réel à l’édifice étatique. « Le greffier est un acteur économique », a-t-il affirmé sans ambages. « Il récolte des fonds pour le compte de l’État et contribue au rendu de la justice de manière silencieuse mais très présente. » Le syndicaliste a également salué l’adoption, en octobre 2025, du nouveau statut particulier des greffiers — une avancée majeure dans la reconnaissance institutionnelle d’une profession longtemps reléguée à l’ombre des prétoires.

Au fil des prises de parole, une conviction commune s’est imposée : loin de l’image réductrice du gestionnaire de dossiers, le greffier s’affirme aujourd’hui comme un rouage essentiel de la gouvernance publique, de la sécurité juridique et de la performance économique nationale. Un repositionnement que ce premier Congrès international entend désormais inscrire durablement dans les consciences — au Gabon comme à l’échelle du continent.

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