
La tension ne retombe pas sur le campus de l’Université Omar Bongo (UOB). Réunis en assemblée générale ce vendredi 29 mai 2026, les enseignants-chercheurs affiliés au SNEC-UOB et à la FRAPPES ont, d’une seule et même voix, reconduit leur mouvement de grève. Leur mot d’ordre est sans équivoque : pas de retour dans les amphithéâtres tant que la totalité des sommes dues ne sera pas intégralement versée. Une posture intransigeante qui témoigne d’un ras-le-bol profond et d’une défiance grandissante envers les autorités académiques et administratives.
Au cœur de ce bras de fer social : le règlement fragmentaire, erratique et contesté des vacations. Si des décaissements partiels ont bien été annoncés ces derniers jours — touchant notamment l’école doctorale, les jurys, ainsi que certains établissements ayant déjà fait l’objet d’un audit, tels que la Faculté de Droit et des Sciences Économiques (FDSE) et la Faculté des sciences — les syndicats balaient ces avancées d’un revers de main. Pour eux, ces versements au compte-gouttes ne constituent qu’une réponse partielle et dilutoire à une dette globale qui, elle, demeure entière.
Les grévistes sont formels : la reprise des activités pédagogiques est conditionnée au solde complet de l’ensemble des vacations, des émoluments de jurys et des arriérés accumulés dans tous les établissements de l’université. Rien de moins.
La méthode des auditeurs au banc des accusés
Le différend ne se résume pas à une simple question de trésorerie. Il plonge ses racines dans une controverse méthodologique aux ramifications profondes. Les responsables syndicaux dénoncent en effet les modalités retenues par les auditeurs pour traiter les états de paiement, estimant que les montants arrêtés ne reflètent aucunement le mode de fonctionnement institutionnel de l’UOB.
Ils rappellent avec insistance qu’au sein de l’université, c’est une commission interne d’audit qui est statutairement compétente pour valider les volumes horaires effectivement assurés avant tout règlement. Le contournement — ou la marginalisation — de cette procédure réglementaire constitue, à leurs yeux, une atteinte directe à l’intégrité du processus de liquidation des créances. C’est précisément cette dérive qui aurait mis le feu aux poudres, déclenchant la grève initiale puis alimentant sa reconduction, au fil d’échanges jugés stériles avec les autorités de tutelle et les partenaires sociaux.
L’indemnité des auditeurs, une provocation de trop?
Mais c’est un autre grief, plus symbolique encore, qui cristallise la colère des grévistes et avive le sentiment d’injustice : la rémunération supposée des membres de la commission d’audit, qui serait fixée à 50 000 F CFA par jour. Une enveloppe jugée scandaleuse si elle venait à etre confirmée au regard de la situation des enseignants-chercheurs, dont les vacations demeurent, elles, en souffrance — et ce, en dépit de la prétendue disponibilité des fonds.
Pour les syndicats, cette disparité criante n’est pas qu’une anomalie comptable : elle est le révélateur d’une hiérarchie des priorités inacceptable, où ceux qui contrôlent les paiements sont grassement rétribués, tandis que ceux qui ont dispensé les enseignements attendent, dans un dénuement préjudiciable à leur dignité professionnelle.
L’université en otage d’une crise qui s’enlise?
À mesure que les jours s’égrènent sans dénouement, c’est toute une génération d’étudiants qui se retrouve prise en étau entre des revendications légitimes et une inertie administrative difficilement compréhensible. L’UOB, fleuron de l’enseignement supérieur gabonais, voit son image et son fonctionnement sérieusement mis à mal par une crise qui aurait pu — et dû — être résolue bien en amont.
La balle est désormais dans le camp des autorités. Les enseignants-chercheurs, eux, ont tranché : ils ne déposeront pas les armes avant d’avoir obtenu gain de cause. Et leur détermination, loin de fléchir, semble se fortifier à chaque jour de paralysie supplémentaire.