
Au cœur du bassin du Congo — deuxième forêt tropicale de la planète et véritable poumon vert de l’humanité, dont dépend l’équilibre climatique de continents entiers — le Gabon et les États-Unis ont décidé de hausser le ton face aux prédateurs des forêts. Depuis ce lundi et jusqu’au 22 mai, Libreville accueille un atelier multilatéral inédit, réunissant les principaux maillons de la chaîne d’approvisionnement du bois, de l’abattage jusqu’aux quais d’exportation.
L’initiative, portée conjointement par le ministère gabonais des Eaux et Forêts et la Division de l’environnement et des ressources naturelles du Département de la Justice américain, marque un tournant décisif dans la coopération entre pays producteurs, pays de transit et pays consommateurs. Le Vietnam et le Cameroun figurent également parmi les délégations présentes, conférant à ce rendez-vous une dimension véritablement transcontinentale.
Une première historique dans la chaîne de traçabilité
C’est là la singularité de cet atelier : pour la première fois, l’ensemble de l’écosystème commercial du bois se trouve convoqué autour d’une même table. Forestiers, magistrats, douaniers, enquêteurs et représentants du secteur industriel conjuguent leur expertise pour colmater les brèches par lesquelles s’engouffrent chaque année des milliards de dollars de bois pillé, au détriment des opérateurs légaux et des États souverains.
Le programme, articulé autour de formations intensives, d’exercices pratiques et de visites de terrain dans des concessions forestières, unités de transformation et installations portuaires gabonaises, vise à renforcer les dispositifs de légalité et de traçabilité, à affûter les outils d’enquête judiciaire et à fluidifier les échanges d’informations entre administrations partenaires.
Un fléau aux proportions criminelles
Les chiffres donnent le vertige. L’exploitation forestière illégale constitue la troisième forme de criminalité transnationale organisée la plus lucrative au monde, derrière la contrefaçon et le narcotrafic. Des millions d’hectares de forêts tropicales saignées à blanc, des recettes fiscales volatilisées, des écosystèmes millénaires sacrifiés sur l’autel de réseaux criminels sophistiqués.
Pour un pays comme le Gabon, qui abrite 88 % de son territoire sous couvert forestier et joue un rôle de premier plan dans la stabilisation du climat régional et mondial, la lutte contre ce pillage n’est pas seulement une question économique. C’est une question de souveraineté écologique et de responsabilité planétaire.
Washington et Libreville, partenaires de longue dateLa coopération
La coopération bilatérale entre les deux capitales sur ce dossier remonte à 2016. Elle s’appuie notamment sur le Lacey Act, législation américaine qui interdit l’importation de produits ligneux issus de circuits frauduleux, et qui constitue l’un des leviers juridiques les plus redoutables de l’arsenal américain contre le bois illicite.
Le Vietnam, quant à lui, négocie activement avec Libreville un protocole d’accord destiné à formaliser le partage de données commerciales et la conduite d’enquêtes conjointes — signe que la dynamique impulsée par cet atelier dépasse le cadre d’un simple exercice diplomatique.
Les recommandations issues de cet atelier décisif pourraient redessiner durablement les contours de la lutte contre le trafic de bois à l’échelle internationale.