[Affaire Kemi Seba] Le militant panafricain invoque un péril vital pour récuser son extradition vers le Bénin

C’est dans une salle d’audience de Johannesburg que le feuilleton judiciaire Kemi Seba a connu un nouveau rebondissement, le lundi 11 mai dernier. L’emblématique figure du panafricanisme contemporain, accompagné de son fils, se trouvait face aux magistrats sud-africains pour répondre d’un chef d’inculpation en apparence anodin : le dépassement de la durée légale de son séjour sur le territoire de la Nation Arc-en-Ciel.

Le bras de fer judiciaire entre l’activiste et la justice béninoise se déplace sur le sol sud-africain, où l’intéressé comparaissait lundi pour dépassement de séjour. Devant le tribunal, l’intéressé a livré une plaidoirie aux accents dramatiques, affirmant redouter pour sa propre intégrité physique — voire pour sa vie — en cas de rapatriement forcé vers le Bénin. Une déclaration qui ne saurait surprendre au regard du contexte : Cotonou a en effet déclenché à son encontre un mandat d’arrêt international, consécutivement aux prises de position tranchées du militant à la suite du coup d’État manqué qui avait ébranlé le pays. Le retour au bercail ressemblerait, selon lui, moins à un retour qu’à une livraison.

La défense, qui a formulé une demande de mise en liberté provisoire, devra patienter : le tribunal a ajourné sa décision à mardi prochain, laissant l’activiste en suspens, retenu en territoire sud-africain dans l’attente d’un verdict qui pourrait sceller, au moins provisoirement, son destin judiciaire.

L’issue de cette audience constituera un signal fort, tant pour les partisans du panafricanisme radical que pour les chancelleries du continent, attentives au précédent que cette affaire pourrait établir en matière d’extradition et de liberté d’expression politique en Afrique.

Né en France sous le nom de Stellio Gilles Robert Capo Chichi, celui que ses partisans surnomment « Kemi Seba » a depuis longtemps tourné le dos à l’ancienne puissance coloniale pour endosser le rôle de pourfendeur virulent de la Françafrique et des vestiges néocoloniaux en Afrique subsaharienne.

Une posture idéologique radicale qui lui vaut autant de fervents admirateurs que d’adversaires résolus — et qui, à l’heure où la recomposition géopolitique du continent s’accélère, dérange manifestement au-delà des frontières béninoises.

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