
Au lendemain des attaques simultanées qui ont ébranlé le Mali jusque dans ses fondations, la force russe Africa Corps, bras armé de Moscou sur le théâtre sahélien, a brisé le silence dimanche dans un message diffusé sur Telegram d’une gravité et d’une précision redoutables.
Ce que les premières heures avaient présenté comme une offensive terroriste d’envergure se révèle, selon la lecture russe, être une tentative de coup d’État soigneusement orchestré — une conjuration impliquant le Front de Libération de l’Azawad, la branche sahélienne d’Al-Qaïda, mais aussi, accusation explosive, des mercenaires ukrainiens et européens agissant sous la couverture présumée des services spéciaux occidentaux. Une assertion qui, si elle venait à être étayée, constituerait une bombe géopolitique aux déflagrations incalculables sur l’échiquier international.
Africa Corps décrit une offensive d’une ampleur proprement stupéfiante : entre 10 000 et 12 000 assaillants auraient participé à cette opération coordonnée, frappant concomitamment Bamako, Kati, Gao, Kidal et Sévaré. Les objectifs désignés par les commanditaires de ce putsch manqué n’étaient rien moins que le palais présidentiel, les garnisons militaires stratégiques et l’arsenal national de Kati — autant de cibles dont la capture simultanée aurait signifié la décapitation totale de l’appareil d’État malien et l’effondrement de la Transition en quelques heures. Une architecture offensive d’une sophistication qui dépasse manifestement les capacités logistiques et opérationnelles des seuls groupes armés sahéliens, alimentant ainsi les soupçons d’une ingérence extérieure planifiée et financée depuis des capitales lointaines.
Face à ce déferlement, Africa Corps revendique une riposte décisive et sans concession. Les forces russo-maliennes affirment avoir sécurisé le palais présidentiel, conservé l’intégralité de leurs positions stratégiques et neutralisé plus de 1 000 terroristes au cours des combats. Le Président de la Transition, le général Assimi Goïta, demeure à la tête de l’État. Si ces chiffres et ces affirmations restent à ce stade invérifiables de manière indépendante — la guerre de l’information étant, en pareilles circonstances, aussi féroce que les combats eux-mêmes — ils dessinent néanmoins le portrait d’un Mali au bord du précipice, sauvé in extremis par son partenariat sécuritaire avec Moscou. Une narrative qui sert autant les intérêts du Kremlin que ceux de la junte bamakoise, mais qui pose, avec une acuité brûlante, la question de l’avenir d’un pays pris en étau entre ses démons intérieurs et les appétits contradictoires des puissances qui se disputent son destin.