[Cameroun] Modification de la constitution pour créer un poste de vice-président : l’Afrique, et les choses de la honte

Le rideau vient de tomber sur un nouveau chapitre de la politique africaine, celui des arrangements constitutionnels taillés sur mesure pour garantir la pérennité d’un clan au pouvoir. Le 4 avril 2026, le Parlement camerounais réuni en congrès à Yaoundé a adopté la loi instituant le poste de vice-président de la République, avec 205 voix pour et seulement 16 contre. Une victoire écrasante sur le papier. Une défaite cuisante pour la démocratie.

Paul Biya, 92 ans, en est à son 8ème mandat. Il gouverne le Cameroun depuis 1982, soit plus de 43 ans. C’est dans ce contexte qu’il faut lire cette révision constitutionnelle, non comme un élan de modernisation, mais comme une manœuvre de survie politique. Le vice-président sera nommé par le président de la République, qui pourra aussi mettre fin à ses fonctions à tout moment. Ses attributions sont uniquement celles que le président lui délègue de manière expresse, et son mandat ne peut excéder celui du président en cours. En clair : un homme de paille choisi par Biya lui-même, révocable à volonté, sans mandat populaire, sans légitimité propre.

Maurice Kamto, leader du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun, a dénoncé un « coup d’État constitutionnel », estimant que cette réforme ouvrirait la voie à une désignation indirecte du successeur en dehors de tout processus électoral. Il n’a pas tort. Car ce qui se joue ici n’est pas une amélioration institutionnelle — c’est la préparation discrète d’une succession dynastique habillée en droit constitutionnel.

des rois déguisés en présidents

Le cas camerounais n’est malheureusement pas une exception sur le continent. Il s’inscrit dans une longue tradition de présidences à vie, de constitutions bâties comme des cages pour emprisonner l’alternance. La Constitution de 1996 confiait l’intérim au président du Sénat, Marcel Niat Njifenji, lui-même âgé de plus de 90 ans. Voilà l’image d’un pays où la gérontocratie règne en maîtresse absolue, où le pouvoir se transmet en cercle fermé, loin des urnes et du peuple.

La démocratie africaine souffre d’un mal profond : elle est souvent de façade. Des élections sont organisées, des congrès réunis, des parlements convoqués — mais tout cela dans le seul but de légitimer ce qui est déjà décidé en coulisses. Un homme de 93 ans réélu pour sept ans après la présidentielle d’octobre 2025. Le chiffre seul suffit à mesurer l’absurdité du système.

la honte et ses complices

Issa Tchiroma Bakary a qualifié cette réforme de « violation des principes démocratiques » et de « dérive monarchique du pouvoir ». Des mots forts, qui résonnent comme un aveu collectif de ce que tout le monde sait mais que peu osent dire ouvertement : le Cameroun n’est pas une démocratie. C’est une monarchie républicaine, avec un roi inamovible et une cour parlementaire aux ordres.

La honte, ici, est à plusieurs étages. Elle touche d’abord les parlementaires qui ont voté ce texte en sachant ce qu’il représente. Elle touche ensuite les institutions africaines et internationales qui observent en silence. Elle touche enfin tous ceux qui, sur le continent, continuent d’accepter que le pouvoir se passe comme un héritage familial, au mépris des générations qui attendent leur tour.

L’Afrique a du talent, de la jeunesse, des ressources. Ce qui lui manque, c’est trop souvent le courage collectif d’exiger des dirigeants dignes de ce nom — et de refuser que la constitution d’un pays devienne l’outil personnel d’un homme qui n’en finit pas de partir.

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