
Depuis son installation à la tête du ministère de la Fonction publique et du Renforcement des capacités, Laurence Ndong imprime un rythme inédit. Là où des milliers de dossiers croupissaient dans l’indifférence, une dynamique nouvelle souffle enfin sur ce ministère névralgique.
Elle a hérité d’un chantier colossal. Des dossiers entassés en colonnes interminables, des situations administratives figées depuis des lustres, des sortants d’école livrés à l’incertitude après de longues années passées sous le régime précaire du statut contractuel — autant de maux chroniques que l’administration gabonaise traînait comme un boulet. Pourtant, depuis l’arrivée de Laurence Ndong à ce poste stratégique, l’horizon semble se dégager. Il faut avoir l’honnêteté intellectuelle de le reconnaître : la députée de Kango a insufflé un sang neuf dans ce département aux ramifications tentaculaires.
La Fonction publique n’est pas un ministère ordinaire. Véritable centrale administrative, elle irrigue l’ensemble de l’appareil d’État, pilotant les flux de recrutement, de régularisation et d’intégration de milliers d’agents à travers tous les autres départements ministériels. En faire une machine fluide et réactive relève, dans le contexte gabonais, d’un exploit.
Or, pendant des années, une seule et même litanie rythmait les couloirs des administrations : la lenteur kafkaïenne du traitement des dossiers. Sortants d’école désabusés, demandeurs d’emploi épuisés d’attendre, agents en situation irrégulière condamnés à une précarité sans fin — tous pointaient du doigt le même goulot d’étranglement.
Depuis la prise de fonction de Laurence Ndong, le tableau se retouche progressivement. Des dossiers que l’on croyait engloutis dans les méandres bureaucratiques refont surface. Des intégrations longtemps bloquées se concrétisent enfin. Et pour beaucoup, c’est le téléphone qui sonne — celui qu’ils n’osaient plus espérer.
« Moi, je suis actuellement au ministère de l’Éducation nationale comme agent non permanent. Mais dernièrement, j’ai été surpris de recevoir un appel du ministère du Travail pour venir signer une fiche bleue. C’est vraiment rare », confie un jeune diplômé, la voix empreinte d’un soulagement non dissimulé.Un autre témoignage, tout aussi éloquent, abonde dans le même sens : « Dans mon ministère, certains collègues nous ont dit qu’ils avaient passé plusieurs années à tourner en rond, sans plus croire à une issue. Jusqu’au jour où ils ont reçu cet appel tant attendu. »
Des récits qui, en filigrane, dessinent le portrait d’une ministre déterminée, qui avance sans détours et sans effets d’annonce — à rebours des pratiques qui ont longtemps gangrené la culture administrative gabonaise.
Si les signaux sont encourageants, de nombreux demandeurs d’emploi et agents encore en marge du système scrutent l’horizon avec une prudence compréhensible. Leur crainte ? Que cet élan salvateur ne s’essouffle prématurément, happé par les pesanteurs structurelles ou les aléas politiques qui guettent toute réforme ambitieuse.
La balle est dans le camp de la ministre. Les Gabonais, eux, retiennent leur souffle — mais pour la première fois depuis longtemps, ils osent à nouveau espérer.